Entre Ciel et terre

Vendredi 15 mai

BAscension

Cette semaine, la vie a repris son cours, malgré tout. Mes concours approchant, il a fallu que je me replonge dans mes rébarbatives révisions de droit public. Enfermée à la BU alors qu’il faisait un soleil resplendissant dehors, j’ai essayé de faire abstraction des événements de ces dernières semaines. Ce fut difficile. Mais Joséphine semble à présent pouvoir se passer de notre présence permanente. Elle a aussi replongé le nez dans ses cours, courageusement, pour se préparer au mieux aux rattrapages. Elle a été absente à la moitié de ses partiels. Son rendez-vous chez le psychiatre lui a fait du bien, et depuis mardi, elle a une nouvelle oreille auprès de qui se confier. Alors que je rentrais de la BU, la tête comme un chou-fleur et les cheveux en bataille de les avoir rageusement ébouriffés à chaque arrêt de droit administratif que je ne comprenais pas, elle s’est plantée devant moi, l’air hésitant. Elle m’a souri, et m’a demandé de m’asseoir.M’affalant donc dans notre canapé bleu, j’ai attendu qu’elle me dise ce qui provoquait chez elle tant de raclements de gorge gênés et de regards mystérieux. Finalement, elle s’est lancée.

– Ali, j’aurais un service à te demander.

– Bah, vas-y ! Si je peux t’aider, ce serait avec plaisir. Je ferais n’importe quoi pour que tu ailles mieux, tu sais bien.

– Oui, c’est juste que c’est pas forcément un truc facile à faire. Bon. Tu sais qu’avant… avant mon agression, j’avais repris contact avec Edouard. Enfin, c’est lui qui était revenu vers moi, m’assurant qu’il avait fait la plus grosse connerie de sa vie en me larguant, qu’il avait changé, et blablabla et qu’il m’aimait et qu’il ne voulait pas me perdre, que deux ans sans moi, c’était horrible, enfin bref.

– Oui, je sais. Tu m’avais dit, et j’avais trouvé que c’était bizarre de se réveiller au bout de deux ans, enfin bon. Mais tu lui avais répondu, non ?

– Oui, j’étais prête à le revoir. Tu sais, je ne l’ai jamais vraiment oublié. Mais il y  a eu toute cette histoire, et j’avais autre chose en tête que lui. Du coup je n’ai plus répondu à ses textos, mails, appels. Et puis, c’est compliqué, refaire confiance à un homme après ça. Mais quand je vous vois Antoine et toi, je sais que c’est possible. Et Edouard, même s’il m’a larguée pour une raison qui m’échappe encore, de façon complètement odieuse, est un garçon doux et attentif, au fond. Et ces derniers jours, j’étais mal à l’aise de ne pas lui répondre. Je crois que ça me ferait du bien, de le voir…

– Bah, réponds lui alors !

– C’est pas aussi simple, Aliénor ! Je n’aurais jamais le courage de lui expliquer pourquoi j’ai été muette pendant plus de trois semaines. En plus, il est furieux, tu verrais son dernier mail… Bref, j’aimerais que tu l’appelles, et que tu lui racontes.

– Moi ? Que je lui dise ce qui t’es arrivé ?

– S’il te plaît, Ali. Moi je pourrais jamais. C’est très difficile à dire, et j’ai trop peur de l’entendre en live se dégonfler et me fuir. En plus il sera plus libre de réagir spontanément avec toi.

– Mais tu veux que je l’appelles quand ?

– Maintenant, si possible. Je te fais confiance pour y aller avec tact.

Et elle me tendit son téléphone avec un regard suppliant. Puis elle m’a demandé de la prévenir quand ce sera fini et elle a fui dans sa chambre. Bon. J’ai pris un grand souffle. Ok, allons-y. Le journal d’appel de son portable comptait dix appels manqués d’Edouard. J’ai appuyé sur son nom d’un doigt tremblant. Il a décroché dès la première sonnerie.

– Ah bah enfin, Joséphine ! Mais qu’est qui t’as pris de faire la morte pendant tout ce temps ? Je croyais que tu étais d’accord au moins pour qu’on se voie, tu as changé d’avis ?

– Hum, non, Edouard, ce n’est pas Joséphine. C’est Aliénor, tu te souviens, son amie ? Et sa coloc aussi.

Blanc. Enfin la voix d’Edouard s’élève à nouveau, et j’entends qu’il contient difficilement sa colère.

– Oui, je me souviens. Mais pourquoi c’est toi qui m’appelles ? Elle ne veut plus me voir et elle est trop lâche pour me le dire elle-même ? Putain, elle m’avait dit qu’elle était d’accord pour qu’on réessaie, que je lui avais manqué ! Ou alors c’est toi qui l’a convaincue de changer d’avis, hein ? T’as pas supporté de la voir malheureuse il y a deux ans et tu m’as descendu auprès d’elle ? Mais j’ai changé !!

– Edouard, calme-toi, je vais t’expliquer. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Est ce que tu es assis ?

– C’est quoi cette question ? Non, je suis pas assis, je suis trop énervé pour être assis ! Je suis dans ma chambre et j’ai bien envie de foutre un coup de pied dans ma corbeille à papier ! Dis moi pourquoi elle t’envoie alors !

– Ok, assieds-toi, parce que je vais t’expliquer pourquoi elle ne t’a pas répondu pendant trois semaines, et ça va te faire un choc.

Il s’est calmé, et a finalement grogné que c’était bon, qu’il était assis, et qu’il voulait bien que je lui dise ce que c’était que cette histoire. Un peu anxieuse, je me suis jetée à l’eau.

– Bon. Edouard, il y a un peu plus de trois semaines, Joséphine est rentrée à l’appart en pleurant. Je te passe les détails, mais elle était dans un état pitoyable. Elle nous a dit qu’elle avait été…. Qu’elle avait été violée, par un mec dans la rue.

Ça y est, c’est dit. Je n’y suis pas franchement allée délicatement, mais je ne voyais pas comment faire autrement. J’essayais de ne pas réfléchir, de ne pas penser à  sa réaction, de rendre les mots que je venais de prononcer étrangers à ma vie. Savoir ce qu’a vécu son amie, c’est horrible. Le dire et le raconter, c’est le rendre encore plus réel, et ma gorge était serrée de douleur. Mais j’ai repris :

– Voilà, c’est toute l’histoire. Cette affreuse, horrible et innommable histoire. Elle ne t’a pas répondu d’abord parce qu’elle allait trop mal, et elle m’a envoyée parce qu’elle n’a pas la force de te le dire elle-même. Elle va mieux, déjà, mais c’est loin d’être la joie. Et elle a peur de ta réaction, même si elle veut te revoir. Désolée d’être aussi abrupte, mais il n’y avait pas 36000 façons de te le dire.

J’attendais sa réponse. J’ai entendu sa respiration se saccader, et j’imaginais sans mal son état d’effarement. Finalement au bout d’un moment, il s’est repris. Une voix blême résonna à mon oreille.

– C’est pas possible. C’est pas vrai.

– Si, malheureusement. Ecoute, je sais que tu es sous le choc, mais maintenant que tu sais, elle va avoir besoin de toi. C’est pour ça qu’elle voulait que je te le dises… Edouard ? Tu es toujours là ?

Un grand fracas venait de transpercer le téléphone.

– Oui, pardon, je suis toujours là, j’ai juste balancé ma chaise contre un mur. Je te mets sur haut-parleur, j’ai besoin d’avoir mes deux mains libres pour frapper mon oreiller. Mais je t’écoute.

Euh, ok. Bon, reprenons.

– Oui, où j’en étais ? Ah oui, je voulais te prévenir aussi : si tu reviens vers elle, sois sûr de toi. Réfléchis bien. Elle a été violée, et elle en gardera des séquelles toute sa vie, même si elle est forte et qu’elle s’en remet pour l’instant plutôt bien vues les circonstances. Alors, réfléchis sur tout ce que ça implique, car si tu reviens et que finalement tu t’enfuis, je te promets que je te le ferai payer. Est ce que tu as un message à lui faire passer ? Elle est en panique en attendant que je raccroche, là, je pense.

– Non, écoute, j’ai besoin de … Je sais pas, j’ai besoin d’être seul là ! Merci, en tout cas. Dis-lui que je pense à elle, et que j’essaie de la contacter rapidement. Mais d’abord, faut que je digère la nouvelle et que je me calme. Elle a porté plainte ? On sait qui est l’enfoiré qui a fait ça ? Je vais le tuer !!

Il avait hurlé la dernière phrase, la voix brisée. Même par téléphone, on ressent la souffrance. Et la sienne était tellement palpable que ça me fendait le coeur. C’est certain, il l’aime toujours.

– Oui, elle a porté plainte, mais on n’a as de nouvelles.

– Ok. Bon, je vais raccrocher. Merci. Embrasse là pour moi.

– Ça va aller ?

Mais il avait déjà raccroché. Le pauvre. Il doit être dans le même état que moi il y a trois semaines, en pire, et c’était le plus gros traumatisme que j’avais vécu, je crois. Je suis allée faire un compte-rendu à Jo. Il l’a en fait appelée le soir même. Leur conversation a duré très longtemps, Jo en est ressortie avec des larmes dans les yeux et un sourire sur les lèvres. Nous l’attendions avec Anne-Emm, que j’avais mise au courant de la situation. Elle nous a appris qu’Edouard viendrait la voir ce week-end. Qu’il était choqué, mais qu’il avait été adorable, et qu’elle avait eu l’impression qu’ils ne s’étaient jamais quittés. Mais qu’elle appréhendait de le voir en face, qu’elle appréhendait les gestes de tendresse qu’il pourrait poser. Elle espérait qu’elle n’aurait pas envie de les repousser, qu’ils ne la dégoûteraient pas.

Mercredi soir, je suis rentrée chez mes parents, non sans avoir dit au moins six fois à Jo de m’appeler à toute heure si besoin.

– Ça va aller, Ali, t’en fais pas. Je le vois demain, Anne-Emm ne sera pas loin au cas où, et toi tu seras aux fiançailles de ton amie d’enfance et future belle-sœur, donc tu auras autre chose à penser. Ça te fera du bien, entre moi et tes concours à bosser, t’as pas eu un mois facile.

Je l’ai serrée dans mes bras, très fort. C’est elle qui avait connu les ténèbres, et elle trouvait encore le moyen de s’inquiéter pour moi. Joséphine, mon amie, si tu savais comme tu es exceptionnelle.

J’ai dit au revoir à Anne-Emm, qui rentrait aussi chez ses parents, qui habitent à trois rues de notre appart. J’ai blagué avec elle sur la longueur du voyage, et je l’ai contemplée un instant. Ses cheveux bruns attachés en une tresse sage, ses yeux marron clair, et cet air décidé qui ne la quitte pas. Ses boucles d’oreilles si classiques qui pendaient sur une marinière toute aussi classique. Ces dernières semaines, je l’ai redécouverte. Sous ses airs de jeune femme rangée et peut-être un peu coincée, il y a tant de loyauté et une foi à déplacer les montagnes. Toute seule, je n’aurais jamais pu aider Jo. Je suis si sensible que je me serais effondrée au bout de deux jours, laissant Jo s’enfoncer dans son malheur. Anne-Emmanuelle a été notre roc. Je la connaissais tenace et colérique, et là je l’ai découverte attentive et consolante, et c’est dans ses yeux que j’ai trouvé l’espérance que j’ai essayé de transmettre à Jo. Et le Seigneur a tout sublimé. Notre amitié à toutes les trois est gravée dans la roche à présent, et rien ne pourra jamais effacer ces journées où la souffrance nous a irrémédiablement soudées.

J’ai arrêté de m’attendrir en la laissant devant chez elle, lorsqu’elle m’a négligemment fait la bise avant de me dire que mon rouge à lèvres n’allait pas du tout avec mon pantalon, et que mon t-shirt était un poil trop décolleté, et qu’elle disait ça pour mon bien et qu’elle me souhaitait un bon week-end et amuse toi bien aux fiançailles d’Elisabeth, et merde le chien a encore fait sa crotte au pied de la porte Maman devrait le dresser, j’ai déjà marché dedans deux fois. J’ai souri, lui ai lancé un signe de la main, et j’ai continué mon chemin vers la gare. Demain c’est une autre de mes amies qui se fiance. Cette amie là, d’ailleurs, c’est presque une sœur, depuis toujours et encore plus depuis mes fiançailles avec son frère Antoine.

Et c’est elle qui se fiance le lendemain, à l’Ascension. Madame Lebert, paraît-il, est dans tous ses états, la famille de Georges arrive ce soir du Liban. J’irai faire un tour pour aller voir Antoine, qui y est déjà, et pour assister à l’arrivée des Massaad, ça risque d’être un grand moment.

C’est Papa qui m’a accueillie à la gare. Il m’a prise dans ses bras avec liesse, a insisté pour porter ma valise, m’a demandé comment j’allais, et m’a dit que c’était bien parce que ce soir il y avait tout le monde à la maison pour dîner, on est tous rentrés ce week-end. En effet, à peine avais-je franchi la porte de la voiture, que Jean-Baptiste me sautait dessus, suivi par Diane, tandis que plus loin Mayeul et Henri m’adressaient de grands saluts de la main, et qu’Isaure, affalée contre Mayeul, feignait l’indifférence. Jibé me prit ma valise et m’entraîna vers la maison, tandis que Diane admirait mes boucles d’oreille. Je commençais, avant de répondre à l’avalanche de paroles de Jibé, par embrasser Maman, puis Hortense. J’admirais son ventre qui s’était déjà bien arrondi. Henri mit ses mains sur mes épaules.

– T’as vu comme elle est belle ma femme ? Hein, elle belle ma femme ? Et puis Hortense chérie, la grossesse te va si bien !! Notre bébé sera le plus beau !

– Tu parles, je suis grosse et j’ai eu des nausées pendant deux mois, je ne sais pas si ça me va si bien. Enfin bref. Ca fait plaisir de te voir Ali !

– Ca c’est clair ! Sacrée Ali !

Ouch. Mayeul vient de me gratifier d’une grande tape dans le dos. Il a de la force, ce petit. Enfin il a surtout 21 ans dans une semaine, ce petit. Mon petit frère ! Il est maintenant en train de me soulever en riant. Il est toujours aussi beau. Il me repose un peu violemment et me dit :

– Au fait Isaure m’a appris que tu nous abandonnes demain pour aller chez les Lebert ! Elisabeth se fiance avec un Libanais, c’est sérieux ?

– Oui, et il est très sympa. Dis lui Isaure, tu le connais mieux que moi, tu dois le voir souvent dans votre salon, puisque t’habites avec Babeth.

– Bah oui, il est cool ! Même qu’il m’a dit de te dire de venir dès ce soir après le dîner accueillir sa famille chez les Lebert, il voudrait pas que tu loupes ça, Ali.

– T’inquiètes, c’est prévu. Comment ça va ma Dianou ?

Ma petite soeur s’était blottie contre moi. A 15 ans, on a encore besoin d’affection, et ça fait si longtemps que je ne l’ai pas vue ! Elle me sourit. Comme elle est belle ! Et quelque chose a changé.

– Mais tu n’as plus tes bagues !! Tu es belle comme tout !

– Oui t’as vu ! C’est cool, j’en pouvais plus ça faisait plein d’aphtes et c’était moche !

– Et pourquoi moi tu me dis jamais que je suis beau alors que j’ai même pas de bagues et que j’ai pas de boutons moches comme Diane ?

Ladite Diane envoie une tape bien méritée sur le crâne de l’insolent Jibé. Je souris. C’est vrai qu’il est beau, lui aussi. Ce n’est presque plus un petit garçon. Je lui ébouriffe les cheveux.

– Si, t’es beau, mais rigole pas trop mon gars, t’auras des boutons comme Diane dans pas si longtemps que ça, crois-moi !

Vexé, il part s’asseoir à table, et Maman appelle à dîner. Que ça fait du bien de les revoir, tous ! Henri et ses récits ennuyeux, le regard d’Hortense qui fait semblant de s’y intéresser. Le sourire de Mayeul qui ne peut pas s’empêcher de jouer de son charme. Isaure qui est si lumineuse en ce moment, Diane et ses grands yeux verts, Diane qui grandit si vite et à qui l’adolescence va à ravir, et le rire de Jibé et ses blagues pourries. Soudain, alors qu’Hortense fait gentiment comprendre à son avocat de mari que nous n’avons pas besoin d’entendre le récit du procès civil de conflit de voisinage entre les Dupont et les Durand, même si c’est un conflit de voisinage original puisqu’il ne s’agit pas d’une histoire de haie mais de ruisseau, soudain donc, Mayeul se racle la gorge et prend un air sérieux qu’il n’a pas souvent. Aïe. Je le sens mal. Je suis sûre qu’une fille lui a mis le grappin dessus, et qu’Isaure, Diane et moi allons devoir partager notre beau gosse de frère avec quelqu’un qui nous reléguera en second dans son coeur. Ca va être surtout dur pour Isaure, ils sont si proches tous les deux ! Bref. Nous sommes toute ouïe, et Isaure doit avoir pensé à la même chose que moi, car son visage est quelque peu tendu.

– Hum… Vous savez que je suis en deuxième année d’école de commerce.

Maman soupire. Elle n’aime pas trop l’art du suspense.

– Mais bien sûr qu’on le sait mon chéri, nous sommes tes parents et tes frères et soeurs, et Hortense est ta belle-soeur. Bref, je crois savoir que nous sommes ta famille la plus proche, sauf si tu nous caches des choses, donc oui, il se trouve qu’on sait ce que tu fais.

– Oui, et en plus, au prix que cette école coûte, crois moi je me souviens de ce que tu fais Mayeul ! renchérit Papa.

Le pauvre est coupé dans son élan. Papa rigole devant son air un peu perdu et lui dit pardon Mayeul on t’écoute. Mayeul reprend donc.

– Oui, bref, il me reste un an, et après normalement je trouve du travail. Mais en fait j’ai d’autres projets.

Isaure lève les yeux au Ciel.

– Bon, vas-y, accouche, elle s’appelle comment ?

– Qui ça ?

– Bah la fille avec qui tu as d’autres projets, comme tu dis !

– Mais laisse moi finir, ya pas de fille !

– Ah bon tu te fiances pas ? Moi aussi je croyais que c’était ça que tu voulais dire !

La pauvre Diane a l’air déçu. Mayeul lui commence à être agacé.

– Mais laissez-moi finir à la fin ! Bon, non , je ne me fiance pas ! Au contraire ! Ce que je voulais vous dire, c’est qu’après mon école de commerce, dans un an, je veux rentrer au séminaire de la communauté Saint Martin !

Ah oui, quand même. Ça pour un scoop ! Personne ne s’y attendait. Papa fixe Mayeul avec des yeux ronds, Hortense sourit largement, Henri se gratte la tête, Diane a suspendu sa fourchette, une bouchée de quiche à l’entrée de sa bouche, Isaure vide d’un trait son verre de vin, Maman se concentre sur sa mie de pain, et même Jibé n’a rien à dire. Finalement c’est Isaure qui rompt le silence en riant.

– C’est une blague ? Très drôle, Mayeul ! T’es con, hein, on rit pas avec ces choses là.

– Mais je ne ris pas, c’est pas une blague !

– Arrête, tu me l’aurais dit, quand même !

La voix d’Isaure est presque une supplication. Mayeul se radoucit.

– Non, je ne t’ai rien dit, parce qu’on m’a conseillé de ne pas le faire, pour me laisser libre. Mais j’en avais envie… Je t’ai toujours tout dit. Isaure, fait pas cette tête, c’est censé être une bonne nouvelle.

Mais Isaure se lève de sa chaise, et brandit un doigt furieux vers notre frère.

– Non, c’est absurde ! S’il devait y avoir une vocation dans la famille, ça devait être Henri ou Diane, Aliénor à la limite, mais pas toi ! Mayeul, on a fait toutes nos conneries ensemble, tu es drôle, t’es cool, c’est pas toi le sage de la famille ! Tu peux pas être prêtre !

Euh, je ne sais pas si je dois prendre comme un compliment, dans la bouche d’Isaure, le fait qu’elle me voyait comme religieuse, « à la limite ». Mais je comprends ce qu’elle veut dire. S’il y en a deux sur lesquels on était sûrs que ça n’allait pas tomber, c’est bien Mayeul et Isaure. Ils ont toujours été attirés par les bêtises, et se sont entraînés là dedans. Et ils savent tant user de leur charme ! Mais Mayeul a toujours été plus raisonnable qu’Isaure, et si elle a eu une période inquiétante, ça n’a jamais été son cas. Il n’a jamais franchi les limites, et est resté en toutes circonstances un garçon affectueux, drôle et gentil. En tout cas, nous sommes tous très surpris. Mayeul ne sait pas quoi répondre à Isaure, et ils restent là, à se contempler les yeux dans les yeux. Ceux d’Isaure sont pleins de colère, ceux de Mayeul pleins de douceur. Maman brise le silence qui s’est installé.

– Mon chéri… J’aime beaucoup la Communauté Saint Martin, mais tu es sûr que tu ne veux pas faire de propédeutique ? Ce serait plus prudent.

Même Maman, qui a toujours rêvé d’avoir un fils prêtre, est dubitative, j’ai l’impression. Mayeul lui répond qu’il a déjà beaucoup réfléchi, parlé avec son père spi, et que la propédeutique lui semble inutile. Papa finit par apaiser les choses en lançant :

– Mayeul, c’est dans un an, on a le temps d’en reparler, mais si tu es vraiment appelé, je serai ravi ! Et tes frères et soeurs aussi ! Un prêtre dans la famille, ce serait beau. Mais prends le temps de discerner, ta mère à raison, ce serait plus facile en propédeutique. Bon, je vais chercher le dessert.

Plus tard dans la soirée, j’ai pu dire à Mayeul que je le soutenais, qu’il ne devait pas s’inquiéter de la réaction d’Isaure. Elle aurait du mal à l’accepter, mais au fond elle veut son bonheur, et elle finira par en être heureuse. Jibé nous a interrompu pour demander à Mayeul s’il pourrait le marier, Mayeul a souri et l’a pris dans ses bras pour l’embrasser.

J’ai pris la voiture pour aller rejoindre les Lebert, à quelques kilomètres de là. Pendant le trajet, j’ai imaginé Mayeul en prêtre. C’était bizarre. Mais si ça se fait, quelle fierté, quelle joie ! Mon petit frère si adulte déjà… Il a mûri son discernement dans son coin, sans nous en parler, mais je suis sûr qu’il l’a fait sérieusement. Je savais juste qu’il aimait beaucoup la communauté Saint Martin, car il  passe ses vacances avec elle. Et dire que je m’étais imaginé qu’il y avait une fille derrière ça ! L’imaginer prêtre me faisait aussi un pincement au coeur. Il serait un si bon mari, un si bon père ! Et un si beau garçon, bourré de charme, c’est du gâchis. J’ai toujours un peu envié la fille qui l’épouserait. Mais bon, nous ne sommes pas encore à son ordination, et que la volonté de Dieu soit faite ! On reverra ça dans un an si c’est toujours d’actualité.

Quand je suis arrivée, c’est Antoine qui m’a accueillie.

– Ah, Ali, dépêche toi, on doit aller se mettre en rang d’oignon sur le perron pour accueillir les Massaad, Maman est stressée j’ai jamais vu ça ! Georges arrive bientôt avec eux.

Nous nous sommes donc rangés sagement sur le perron parmi les autres, après que je les aies tous embrassés. Les parents d’Antoine avaient en effet l’air quelque peu anxieux. Madame Lebert remettait sa mèche toutes les trente secondes et Monsieur Lebert se grattait le menton tout en tapant le sol du pied. Il a d’ailleurs fini par écraser la queue du chien Pancréas, qui a jappé avec indignation. Hermine faisait mine de textoter, mais je la voyais lancer des coups d’œil furtifs dans l’allée. Et Blanche avait pris la main d’Antoine, chose qu’elle ne fait quasiment plus, car cette petite grandit. Leur stress était communicatif. J’entendis Antoine se racler la gorge, tandis que je rongeai un de mes ongles. Seule Elisabeth semblait amusée par la situation. Elle les as vus au Liban, et elle nous assuré qu’ils étaient très sympathiques et qu’il n’y avait pas de quoi faire de leur venue une affaire d’état. Mais elle avait eu le malheur de dire à son père que Monsieur Massaad était très riche, et depuis il avait un peu peur de ne pas être à la hauteur. Enfin, une voiture s’avança dans l’allée. Une grande voiture qui paraissait assez onéreuse, je dois dire. Pour cause, c’était une magnifique audi. Mais j’aperçus un chapelet accroché au rétroviseur.

– Ah, voilà la voiture de Georges !

Elisabeth, ayant prononcé ces mots, courut au devant de ladite voiture. La voiture de Georges. Bon, pas mal pour une caisse d’étudiant ! Ils sortirent de la voiture, alors que nous n’osions approcher. Georges d’abord, avec un large sourire tandis qu’il enlaçait Elisabeth, puis un monsieur grand qui lui ressemblait, puis une dame très élégante, puis deux jeunes filles d’environ 20 ans. Ils avaient l’air parfaitement normaux, finalement. Madame Lebert s’avança courageusement au devant d’eux.

– Monsieur et Madame Massaad, quel plaisir ! Bienvenue ! Venez que je vous présente notre famille.

– Madame Lebert, appelez nous par nos prénoms voyons ! Je suis Mireille, et mon mari Franck ! Et voilà nos filles Nathalie et Eliane. Yalla, venez dire bonjour les filles ! Mon fils aîné Charbel et sa femme Myriam s’excusent, avec le bébé et le séminaire c’était difficile de venir ! Mais nous sommes en retard, vraiment nous sommes désolés, il y avait du monde sur l’autostrad, c’est le pont de l’Ascension !

Madame Massaad, tout en déclamant tout cela d’une voix enjouée, embrassa Madame Lebert sur les deux joues, puis Monsieur Massaad fit de même, puis leurs filles. Se tournant ensuite vers nous, elle s’extasia :

– Comme vous avez une belle famille !

Et, alors que nous nous présentions, elle nous claqua à tous la bise. Arrivée à Blanche, elle s’extasia de plus belle :

– Hiiiii habibi comme tu es jolie ! Quel âge tu as ma belle ?

– J’ai 10 ans.

Et Blanche reçut un bisou de plus que nous. Monsieur Massaad suivait sa femme, et bien que moins expansif, il nous embrassait tout aussi chaleureusement. Nathalie et Eliane suivaient, un peu intimidées. Elles avaient 17 et 19 ans. Hermine les mit très vite à l’aise leur demandant quelles études elles faisaient. Nathalie était en droit à l’université saint Joseph de Beyrouth, et Eliane en première S au lycée français.

Nous étions à présent dans le salon. Georges et Elisabeth étaient tellement souriants de voir leurs familles réunies ! Monsieur Massaad sympathisa vite avec Monsieur Lebert. C’était un grand homme à l’allure joviale et au grand rire, comme celui de Georges. Il travaillait dans la banque, secteur plutôt prospère au Liban, qui est connu pour être « la Suisse du Moyen-Orient », nous dit-il. Madame Massaad était une femme sophistiquée, à la voix gaie, que rendait exotique un léger accent. Elle avait des cheveux châtains impeccablement coiffés, des mains parfaitement manucurées et un maquillage recherché. Un tailleur gris et des chaussures à talons aiguilles lui donnaient une allure élégante. Ses filles elles-même étaient très soignées, bien maquillées, si bien que je me suis sentie un peu pouilleuse à côté d’Eliane, qui à 17 ans semblait parfaitement maîtriser l’art de sublimer sa beauté sans en faire trop. Quoique son rouge à lèvres était peut-être un peu trop criard, et sa jupe un peu courte, sinon c’était parfait. Mais Elisabeth m’avait prévenue, en rentrant du Liban, que les Libanais font très attention à leur apparence. C’était d’ailleurs confirmé par la classe hors de prix des vêtements de Monsieur Massaad. Mais alors que ça aurait pu leur donner un air snob ou dédaigneux, ça ne les rendait que plus attachants, car il étaient à côté de ça d’une simplicité désarmante. Alors que nous sirotions un pineau, Madame Massaad se leva d’un coup pour venir s’asseoir à côté de moi.

– Alors habibi, c’est toi Aliénor ? Tu es une amie d’Elisabeth c’est ça ?

– Euh, oui, je suis aussi la fiancée d’Antoine.

– Oui, Elisabeth m’a dit, et que vous aviez aussi une amie au couvent.

– Oui, Marie-Cécile. Elle est dans le Sud de la France, près de Toulouse.

– Vous connaissez bien la France, Madame Massaad ? demanda poliment mon fiancé.

– Oh, enno, je connais Paris ! Mais très bien ! Franck et moi habitions Neuilly pendant la guerre du Liban, Georges est né juste avant qu’on parte. C’est très bien là-bas, nous avons aimé. Mais nous ne connaissons pas trop le reste du pays, d’ailleurs c’est très joli chez vous !

Madame Lebert dit un « merci Mireille » reconnaissant. Monsieur Massaad en a profité pour expliquer à Monsieur Lebert comment son fils Charbel pouvait être à la fois séminariste, catholique et marié. Mon cher futur beau-père écoutait avec intérêt, et déclara avec emphase à Monsieur Massaad que les chrétiens d’Orient étaient nos frères, qu’il avait hâte de découvrir le rite maronite avec Georges, qu’il était ravi que sa fille puisse avoir un beau-frère prêtre, et qu’il était heureux d’avoir un gendre médecin comme lui. Georges, touché, lui dit toute sa gratitude d’être ainsi accueilli dans la famille. Madame Massaad et Madame Lebert se lancèrent un regard attendri, et le chien Pancréas aboya de joie. C’est beau, tant d’amour familial et international.

Hermine et Nathalie étaient en train de se trouver plein de points communs, comme leur intérêt démesuré pour Woody Allen, et Blanche usait de tout son charme auprès d’Eliane, qu’elle avait visiblement décidé d’admirer et de coller tout le week-end. Mais ladite Eliane était ravie et répondait à la petite avec tendresse.

Finalement,l’heure tournait, et je suis rentrée chez moi, après avoir appris à Antoine la surprenante déclaration de Mayeul. Il s’en réjouit et se resservit un verre de pineau pour fêter ça. J’embrassais affectueusement Elisabeth et Georges. Demain, Ils se fianceront, alors que nous fêterons l’Ascension de notre Sauveur et Roi au Ciel.

Le matin suivant, je me levais donc plus tôt pour avoir accès à la salle de bains en avant-première. Bien m’en prit, puisqu’à peine étais-je entrée que j’entendis Henri grommeler qu’il allait se raser dans les toilettes. En descendant dans la cuisine pour petit-déjeuner, je tombai sur Isaure qui était en train de s’enduire l’épaule de yaourt. Euh ?

– Rigole, pas, je me suis chopé un coup de soleil hier et il paraît que le yaourt hydrate la peau.

D’accord. Jean-Baptiste débarqua dans la cuisine, rigola bruyamment en voyant Isaure, et se fit une moustache avec le reste du pot. Je m’apprêtai à le réprimander, lorsque Maman arriva à son tour. Je vis son oeil s’arrêter sur le pot de yaourt vide, s’agrandir sur l’épaule d’Isaure, et s’assombrir en voyant Jibé qui lui souriait niaisement. Le pauvre petit a été sommé de s’essuyer la bouche tout de suite, et Maman avisa sèchement Isaure qu’il y avait de la crème hydratante dans cette maison.

Je vous passe l’excitation qui monta l’heure suivante, comme chaque fois que la maison est pleine et qu’on doit aller à la messe, et surtout y arriver à l’heure. Finalement nous avons tous été prêts, y compris Papa qui a passé dix bonnes minutes à chercher ses chaussures, qui étaient en fait au pied de son lit.

Enfin, nous voilà dans l’église, et nous nous asseyons derrière les Lebert et les Massaad. Je ne sais pas comment j’ai réussi à me recueillir entre Jean-Baptiste et Blanche qui se lançaient des sourires ricaneurs, et avec Henri et Hortense émerveillés de sentir leur bébé bouger juste à côté de moi. Je crois bien que la profondeur du regard de Mayeul, au moment de la consécration, m’aida à me concentrer sur le Christ, aujourd’hui glorifié par son Père. Mon Jésus, si tu veux vraiment mon frère pour ton Eglise, aide le à discerner, aide nous à l’accepter. Aide Isaure, surtout. Je te confie aussi les fiancés du jour. Ils sont si beaux ! Viens les guider, fais de leurs différences des forces.

Après la messe, ma famille a pris le temps de se présenter aux Massaad, a salué la grand-mère des Lebert, et a félicité vivement Georges et Elisabeth. Puis, ils sont partis, et Maman m’a glissé à l’oreille qu’elle comptait sur moi pour lui raconter la journée ce soir.

Le prêtre nous a rassemblés derrière l’autel, là où Antoine et moi nous sommes fiancés en septembre dernier. J’ai lancé un regard à Antoine. Il m’a pris par l’épaule, ému lui aussi par ce souvenir. Mais aujourd’hui, il ne s’agissait pas de nous, et nous avons tourné nos yeux et notre coeur vers Georges et Elisabeth. La cérémonie fut simple et joyeuse, et nous avons récité le Notre Père en arabe. Madame Massaad versa une larme lorsque Georges passa la bague au doigt de Babeth, et Monsieur Lebert lui tendit un mouchoir avec un sourire qui en disait long.

Après avoir admiré la bague, un très beau mélange d’émeraude et de diamant, nous sommes ensuite rentrés chez les Lebert, l’âme en fête. Nous avons dû nous soumettre aux photos d’usage, les fiancés seuls, puis les fiancés avec leurs parents, puis les fiancés avec leurs frères et sœurs, puis avec la grand-mère des Lebert. C’est la seule qui leur reste, et les grands-parents de Georges sont restés au Liban. Le parrain et la marraine d’Elisabeth étaient là. Sa marraine est une de ses cousines, que je ne connaissais pas encore et à qui Antoine put me présenter avec ravissement. Il se trouve que son parrain, c’est Monsieur de Porfeuille, le père de Macess. Sa femme et ses enfants étaient là aussi. Ils ont transmis aux fiancés une lettre de notre amie, qu’elle leur avait remis aux dernières vacances, quand ils étaient allés la voir. Les petits frères et soeurs de Macess ont bien grandi, ça faisait longtemps que je ne les avais pas vus. Jean-Emmanuel est déjà en deuxième année d’études d’architecture. C’est le grand ami d’Isaure et Hermine. J’ai eu l’impression qu’il trouvait Nathalie Massaad assez à son goût, car il lui parlait avec un sourire crispé. Il est très timide ce garçon. La petite Marthe, quand à elle, n’est plus si petite que ça, elle est en seconde. Elle me dit de rappeler à Diane qu’il fallait qu’elles se voient pour préparer un badge ensemble pour les guides parce que la cheftaine voulait savoir si elles avançaient et que en fait elles avaient pas commencé et que ça urgeait. Ok, message pris.

Puis dans un élan de bonheur, Madame Massaad pris le visage de son fils entre ses mains.

– Oh Georges, je suis fière de toi mama ! Hayate, tu es si beau dans ce costume ! Et Elisabeth, tu es resplendissante habibti !

Après qu’elle a recoiffé Georges qui avait un minuscule épi sur la tête et embrassé Elisabeth, je chuchotai à mon amie :

– Elle vient de l’appeler mama ? Ça veut pas dire Maman ?

Georges m’avait entendu, et chuchotant à son tour il me dit :

– Laisse tomber, ça n’a aucune logique, mais chez nous nos parents nous appellent comme on les appelle. Mon père m’appelle « baba ». C’est affectueux. Et puis, tu l’as sans doute remarqué, mais on parle des mères juives, crois-moi ce n’est rien à côté des mères libanaises ! Si j’habitais encore à Beyrouth, je serais chez eux, et elle contrôlerait toutes mes sorties. Et elle essaierait de me marier. Quand je lui ai appris pour Elisabeth, j’ai cru qu’elle allait s’évanouir de bonheur. Une jeune française de bonne famille catholique, je pouvais pas trouver mieux !

Nous avons pu enfin manger. C’était excellent, et Madame Massaad félicita moult fois la maîtresse de maison.

– Irène, c’est délicieux ! Vous avez dû y passer du temps !

– Oh, Elisabeth et Hermine m’ont beaucoup aidée, et Antoine aussi.

– Antoine !? Walla ! Ce n’est pas un libanais qui aiderait en cuisine ! D’ailleurs ce serait mal vu, n’est-ce pas Franck ?

Son mari sourit et acquiesça.

– Oui, dans notre culture l’homme ne fait pas ce genre de choses, je crois que nous aimons bien passer pour des machos. Cela dit, ma femme n’est pas à plaindre, nous avons deux bonnes !

– C’est vrai, akid. Nous avons deux bonnes Philippines, je ne sais pas comment je ferais sans elles. J’aime bien faire la cuisine, et la cuisine libanaise est délicieuse yahné, pour le reste, j’ai besoin d’elles.

Euh, ah bon. Il y eut un blanc un peu gênant autour de la table. Monsieur et Madame Lebert camouflaient difficilement leur air choqué par une moue simulant l’intérêt, les Porfeuille de même, Antoine et moi étions concentrés sur notre assiette. Madame Lebert senior s’exclama :

– Ah, moi aussi, quand j’étais enfant, nous avions une bonne, une cuisinière et une gouvernante ! Mais vous savez, aujourd’hui c’est très mal vu en France.

Georges se racla la gorge.

– Hum, Maman a oublié de vous préciser que toutes les familles libanaises, même celles de la classe moyenne dès qu’elles peuvent se le permettre, en ont une. Ce sont des femmes qui viennent majoritairement du Sri Lanka ou des Philippines, qui envoient l’argent qu’on leur donne à leurs familles. Mes parents ne vont pas être d’accord avec ce que je vais dire, mais il y a de l’exploitation parfois. Certaines sont très peu payées, à peine cent dollars par mois, ont une chambre de la taille d’un placard, travaillent du matin au soir, et certains employeurs leur confisquent leur passeport à l’arrivée. Mais rassurez-vous, les nôtres sont bien traitées, et mes parents se sont assurés en les engageant qu’elles n’aient pas d’enfants aux Philippines, car certaines élèvent les enfants des familles qui les emploient tout en ayant laissé les leurs au pays.

Monsieur Massaad avait levé les yeux au ciel au début du discours de son fils.

– Oh, Georges, je sais que ça te choque, mais elles viennent au Liban pour travailler, elles ont fait ce choix, et elles sont payées. Mais tu as raison baba, il y a des abus. Notre gouvernement essaie de mettre en place des lois contre ça, sauf qu’elles ne sont pas toujours respectées.

Madame Massaad se mit à son tour à parler :

– Vous savez, le Liban est un pays plein de contrastes, et nous passons souvent pour des arriérés superficiels. Mais ce qui peut choquer les occidentaux est complètement normal pour nous. Nos bonnes sont là depuis si longtemps, et je crois qu’elles n’ont pas à se plaindre de nous. Elles ont vu les enfants grandir. Certaines de mes amies renvoient leurs bonnes dès qu’elle font un pas de travers, mais j’ai toujours voulu donner aux nôtres une seconde chance quand ça n’allait pas, et je les aime beaucoup. C’est vrai qu’elles travaillent beaucoup, et qu’elles font tourner la maison, mais nous les avons engagé pour ça, et nous les payons mieux que la plupart.

Sentant le malaise qui montait quelque peu, Georges se tourna vers son père et lui dit :

– Oh Baba, montre nous les photos du fils de Charbel !

Monsieur Massaad sortit donc de sa poche un iphone, un paquet de cigarillos, des clefs de voiture griffées BMW, puis enfin un autre portable, à l’écran plus grand que l’iphone. Le petit Pierre était en effet adorable sur les photos. Ses grands-parents et ses tantes poussaient des cris d’émerveillement à chaque photo qui défilait et c’était un concert de « ooooh habibi ! Hayaté ! Comme Myriam est belle ! ». Ils étaient si drôles et si attachants !

Monsieur Massaad nous parla ensuite de son fils Charbel avec une fierté non dissimulée. Ce garçon, à l’écouter, était intelligent, beau, gentil, et ferait un très bon prêtre, et sa femme était un ange descendu du Ciel. J’aurais bien aimé les rencontrer. Je lançai un regard à Elisabeth, amusée par les Massad, pour échanger un sourire avec elle. Mais elle semblait triste tout à coup. Quand les photos du petit Pierre furent admirées par tous, Elisabeth prit la parole :

– Nous aussi, nous ne sommes pas au complet. J’aimerais tant que Claire soit là…

Et elle se blottit contre Georges. Madame Massaad mit une main apaisante sur l’épaule de Madame Lebert.

– Vous savez, Elisabeth nous a parlé de Claire, et avec mon mari et mes filles, nous l’avons beaucoup priée pour qu’elle protège les fiancés, enno, c’est leur sœur, et je suis sûre qu’elle est très heureuse de nous voir rassemblés aujourd’hui.

Je sentis Antoine, à côté de moi, se raidir un instant. Mais je vis sur son visage qu’il était touché par l’attention des Massaad. Monsieur Lebert est parti, et il est revenu avec un album photo. C’était les photos de Claire, bébé, enfant et adolescente. L’album tourna, simplement, silencieusement, entre les mains des Massaad, puis entre les nôtres. Il y eut beaucoup de sourires émus sur les visages de tous. Ça faisait du bien de voir son regard lumineux aujourd’hui, même si c’était un peu douloureux. Mais comme ça, elle était avec nous. Je vis les yeux de Madame de Porfeuillle s’humidifier, sur une photo où elle courait derrière Macess, vers l’âge de dix ans. Finalement, Georges referma l’album et dit à Monsieur Lebert :

– Merci de nous avoir montré les photos. J’ai l’impression de la connaître un peu plus, et je vais faire partie de sa famille, alors c’est important pour moi. Et je suis sûr que mes parents et mes sœurs sont contents de connaître aussi un peu la sœur d’Elisabeth.

Ils acquiescèrent, et Monsieur Lebert, maladroit d’émotion, tapota sur l’épaule de Georges. Pour nous remettre de nos émotions, nous avons pris le café. J’avais besoin d’être un peu seule. Je suis sortie fumer. Mais bientôt, Antoine me rejoignit. Je souriais intérieurement en voyant ses sourcils résolument froncés. C’est la tête qu’il se force à faire quand il veut me montrer qu’il n’est pas content.

– Je croyais que tu m’avais promis d’arrêter !

– Oui, comme toi tu as promis de ne plus t’énerver pour rien.

– Mais je ne m’énerve pas ! Je te fais juste une remarque, tu avais promis et tu ne le fais pas. Je sais que c’est pas facile d’arrêter, mais ne sois pas de mauvaise foi !

Bon, là, si, il est vraiment énervé. Mais ça m’amuse un peu.

– Antoine chéri, il y a plusieurs signes qui me laissent croire que je te connais bien, comme, je sais pas, la bague que tu m’as offerte et qui se trouve comme par hasard sur mon annulaire gauche, ou le fait qu’on ait choisi notre faire-part de mariage ensemble. Enfin, tu as fait acte de présence quand je l’ai choisi avec nos parents, en tout cas.

– Et alors ? Je ne vois pas où tu veux en venir.

– Bah, comme je te connais bien, je sais que quand tes sourcils se rapprochent dangereusement, que tes oreilles deviennent rouges et que tu passes ta main sur ta nuque, ça veut dire que tu t’énerves, ou au moins que tu boudes.

Il a d’abord eu l’air piteux, puis il a éclaté de rire, avant de grogner qu’il ne comprenait pas comment j’arrivais à retourner les situations comme ça, parce qu’à la base c’est moi qui suis en tort. Je l’ai embrassé et lui ai dit qu’il avait raison, que déjà j’avais pas mal réduit, et que je continuerai à faire des efforts.

– Beurk !

Ah, Blanche nous a vus nous embrasser visiblement. Antoine se penche vers elle.

– Bah qu’est-ce qu’il y a ? T’as l’air triste.

– Je veux parler à Ali.

– Je t’écoute ma Blanchounette !

La petite hésite, puis regarde Antoine.

– Je veux parler à Ali toute seule !

Antoine a l’air vexé, mais il ébouriffe les cheveux de sa petite sœur avant de rejoindre les autres. Je le vois taper dans le dos de Georges. Je souris. Il est si content de ne plus être le seul homme de la fratrie !

– Bon, je t’écoute, maintenant qu’on est entre filles.

– Tu étais l’amie de Claire toi ? Tu la connaissais bien ?

Oulà . En prononçant ces mots, le petit visage est soudain devenu très grave. Il est tendu vers moi, dans l’attente d’une réponse. Je m’accroupis pour être à son niveau et lui prend la main.

– Oui, c’était mon amie, comme Elisabeth. C’était presque ma sœur. Pourquoi tu me poses la question ?

– Parce que tu sais… Moi je me souviens presque pas d’elle, j’avais trois ans. Je sais juste qu’elle me poussait sur la balançoire, ça je m’en souviens. Mais je voudrais savoir comment elle était, et j’ose pas avec mes parents et mes frère et sœurs parce que quand ils parlent d’elle, ils sont tristes, et je veux pas qu’ils soient tristes. Tu es triste toi ?

– Oui, je suis triste qu’elle soit morte. Mais tu sais ce qu’on fête dans l’Eglise aujourd’hui ?

– Oui, Jésus qui monte au Ciel.

– Voilà. Eh bien il monte au Ciel pour nous montrer que ça va nous arriver aussi, quand on sera morts. Il nous aime tellement qu’il veut qu’on soit avec lui au Ciel. Et je sais que Claire est au Ciel, heureuse avec Jésus, et qu’elle veille sur nous. Elle nous voit, et elle est encore avec nous, même si nous on ne la voit pas. Tu peux lui parler tu sais.

– Oui, c’est ce que je fais quelquefois. Mais raconte moi comment elle était !

– Eh bien elle était gentille, très drôle, elle nous a beaucoup fait rire ! Elle faisait pas mal de bêtises aussi, mais jamais méchamment. Elle était tellement bavarde ! Parfois ça nous agaçait. Et puis elle était très généreuse, elle partageait tout. Mais aussi, elle était assez insolente avec les profs, mais ça nous faisait rire, même si ce n’était pas très bien. Et elle aimait beaucoup Jésus. Énormément. Elle priait encore plus que Macess !

Blanche rigola. Elle connaissait bien Macess, même si elle ne l’avait pas revue depuis son entrée au couvent il y a deux ans et demi. Elle hésita un peu, puis continua :

– Est-ce qu’elle m’aimait beaucoup ?

– Ma chérie, bien sûr ! Quand tu es née, Claire et Elisabeth n’arrêtaient pas de parler de toi ! Elles étaient tellement heureuses… Et puis tu sais que c’est Claire qui t’a appris à marcher ? Elisabeth et elle avaient fait un concours pour savoir avec qui tu ferais tes premiers pas, et tu les as faits avec Claire. Elle était très fière ! Et puis Claire te faisait des bisous tout le temps. Elle t’aimait autant qu’Antoine, Elisabeth et Hermine t’aiment, tu sais, et ils t’aiment tellement !

– Elle n’aurait pas préféré un petit frère ? Parce qu’il y avait déjà Hermine comme petite sœur.

Si, elle voulait un petit frère. Je m’en souviens comme si c’était hier. Quand Jean-Baptiste est né, elle m’avait dit que bientôt il aurait un ami, et qu’ils s’entendraient aussi bien que nous. Elle voulait un petit frère pour se rouler dans la boue avec lui, grimper aux arbres, elle était tellement casse-cou ! Le visage de Blanche me contemplait, plein d’attente et de confiance. Je ne pouvais pas lui mentir. Mais il n’y en avait pas besoin.

– Si, je crois qu’elle espérait que tu sois un petit garçon. Mais tu sais, elle s’était imaginé un petit frère dans sa tête, mais ce n’était que des images. On ne peut pas aimer ce qu’on invente. Et quand tu es née, tu étais bien réelle, avec tes grands yeux bleus comme les siens et ceux d’Antoine, avec ton nez retroussé et ton joli sourire. Et elle t’a aimée tout de suite, et crois-moi, même si on lui avait proposé, elle n’aurait jamais voulu t’échanger contre un petit frère. Elle t’aime encore plus d’en haut, et elle veille sur toi.

Blanche parut satisfaite de mon explication.

– D’accord.

Ayant dit cela, elle claqua un bisou sur ma joue et courut vers Georges pour s’accrocher à son cou. Elle l’aimait beaucoup, et le trouvait très beau. Son premier et seul beau-frère ! D’ailleurs, c’est vrai qu’il est très beau. On dirait un prince du désert. Il y a une sorte de douceur dans ses yeux d’un brun profond, et son teint mat ensoleille son visage et son sourire. Ses cheveux, noirs et épais, donnent encore plus d’intensité à son regard. Et son costard, sans doute taillé sur mesure, soulignait ce jour-là sa silhouette fine et musclée.

Pauvre Blanchounette. Je n’avais jamais pensé combien ça devait être dur pour elle de vivre dans l’ombre, certes bienveillante, d’une sœur disparue dont elle se souvenait à peine. J’en toucherai un mot à Antoine, il saura l’aider mieux que moi. Et puis ça lui fera du bien de parler de Claire avec Blanche. Il n’en parle pas assez, même avec moi, et il garde trop ses blessures pour lui.

J’ai rejoint les autres. La fin de journée fila à toute vitesse. Je ne me lassais pas de contempler Georges et Elisabeth, rayonnants d’amour, humain et céleste. Beau symbole que des fiançailles le jour de l’Ascension. Jésus, du Ciel, nous envoie son Amour pour que nous le vivions sur terre. Et à travers les sourires affectueux et comblés que se lançaient Georges et Babeth, c’est bien l’Amour du Christ que je devinais.

J’ai finalement dit au revoir aux Massaad, qui m’ont tous dit combien ils étaient contents de m’avoir rencontrée, m’ont gratifiée de nombreux « habibi », et m’ont embrassée deux fois, avant de conclure par « Yalla byyeee ! ». Je les aime beaucoup, et je comprends mieux d’où Georges tient sa joie débordante, sa foi solide et son originalité si attachante. J’ai dit ensuite au revoir aux Porfeuille, avec qui j’ai pu un peu parler de Macess. La dernière fois qu’ils l’ont vue, aux vacances de Pâques, elle était plus heureuse que jamais, et elle m’envoie ainsi qu’à Antoine une « affectueuse bénédiction », d’après ce que m’a dit Monsieur de Porfeuille. Jean-Emmanuel et Marthe ont l’air content pour elle. Faudra que je les envoie parler avec Isaure, tiens. J’ai remercié les Lebert, mes chers futurs beaux-parents por qui j’ai tant d’affection. J’ai embrassé mon fiancé. Mon fiancé chéri qui a grogné qu’il n’aimait pas m’embrasser quand j’avais fumé, et à qui Georges a donné une tape amicale en lui disant que ce n’était pas si facile d’arrêter de fumer, il le savait car il essayait pour faire plaisir à Elisabeth, et parce qu’un médecin qui fume c’est pas ouf. Enfin, j’ai félicité les fiancés du jour. Elisabeth était si belle, ses cheveux châtains brillant au soleil, ses yeux bruns sublimés par un reflet d’amour, son sourire, si semblable à celui de Claire, son sourire tant élargi qu’il occupait la moitié de son visage.

Et je suis rentrée. J’ai dû raconter à toute la famille réunie la journée en détail. Ils sont tellement ravis pour Elisabeth ! Le soir, alors que je fumais ma dernière cigarette du jour, Mayeul m’a rejointe.

– Ali, tu es contente pour moi, toi ?

– Bien sûr. Je ne m’y attendais pas, et il faut que je m’y fasse, mais tu as l’air si heureux ! Et puis c’est dans un an, j’aurai le temps de m’y faire ! Et je serais très fière de te voir prêtre, tu sais.

– Pourquoi Isaure ne comprend pas ? C’est la seule. Maman a un peu peur que je fonce tête baissée, car ça me ressemblerait bien, mais sinon elle est heureuse.

– Mayeul, essaie de comprendre Isaure. Vous étiez les deux rebelles de la famille. Elle surtout, mais tu n’étais pas en reste. Et elle s’est toujours dit, j’imagine, que tu serais toujours là pour la sortir de ses mauvais pas. Tu l’as fait tant de fois ! Et tu es si proche d’elle. En entrant au séminaire, tu te détaches de nous pour te donner à l’Eglise, elle le sait bien. Elle t’aime tant qu’elle a du mal à te laisser partir. Mais tu sais, tu nous aurais annoncé tes fiançailles, je ne pense pas qu’elle l’aurait mieux pris. Parce que tu te serais détaché de nous d’une autre façon, et donc d’elle aussi. Et puis il y aurait eu une autre fille qu’elle dans ton cœur. Mais t’inquiètes, elle s’y fera. Au fait, Antoine m’a dit de te dire qu’il était content et qu’il priait pour toi.

Mayeul a acquiescé, et il m’a embrassé sur le front. « Bonne nuit sœurette ! ». Oui, bonne nuit petit frère.

Voilà un début de week-end qui fut riche en émotions ! Ça m’a fait du bien. Je me sens un peu coupable, car j’ai pensé à autre chose qu’à Jo. Mais elle m’a envoyé un texto pour me dire que tout allait bien avec Edouard. Elle me racontera tout lundi. En attendant, je vais profiter de ma famille et de mon fiancé pour recharger mes batteries morales. Georges et les Massaad repartent demain. Je pourrai profiter un peu d’Elisabeth, et comme ça Antoine pourra retrouver Henri. C’est son meilleur ami, et ça fait longtemps qu’ils ne se sont pas vus.

Et puis surtout, je vais en profiter pour prier. En ce moment, j’ai un peu de mal à aimer Dieu, à qui j’en veux toujours pour ce que Joséphine a subi. Mais je sais que j’ai besoin de Lui, je sais que cette sécheresse n’est que passagère. Alors Seigneur, je m’en remets à toi, et je te rends grâce de nous avoir sauvés et de nous garder une place au Ciel, près de toi, là où l’on pourra pleinement se reposer sur ton cœur brûlant de désir pour nous. Là où toutes les blessures de la vie sembleront bien légères à côté d’une éternité d’Amour.

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7 réflexions sur “Entre Ciel et terre

  1. Sydoou dit :

    Même en voyage en Nouvelle-Zélande c’est toujours un plaisir de te lire… vivement la suite des aventures 🙂

  2. Merci de nous faire vivre les évolutions des membres des familles de ton blog. C’est touchant ! Et tout ça est décrit avec beaucoup de simplicité et de respect. Vivement la suite !
    PS : je suis d’accord pr la communauté St martin : TOP 🙂

  3. Eglantiol dit :

    C’est beau de voir la maturité des sentiments et de la réflexion qui transparaît tout au long de ces articles! Tous les sujets importants sont abordés, même certains tabous, et toujours avec délicatesse, intelligence, et… foi. Merci!

  4. Cécile dit :

    Hello,

    J’aime bien ton blog que je suis depuis un certain temps, mais il y a une phrase qui m’a un peu gênée dans cet article, au sujet de la vocation religieuse de Mayeul : « Et un si beau garçon, bourré de charme, c’est du gâchis. »

    C’est une vision malheureusement assez répandue, mais qui témoigne d’une réflexion trop peu approfondie sur le sujet… Je me permets donc de citer la « Lettre aux jeunes sur les vocations » du frère Thierry-Dominique Humbrecht pour éclairer ta lanterne :

    « On considère qu’il y a gâchis, en effet, lorsque cette fille, et même ce garçon, présentent des charmes physiques tels que Dieu est indigne d’eux. […] Le gâchis proclamé est un compliment à l’égard de la personne en question, mais pas sur son choix de tout donner à Dieu, plutôt sur ce qu’elle laisse et qui compte tellement pour les autres : le sexe-roi. Cela compte à ce point qu’on est prêt à octroyer à Dieu une fille jugée laide ou un garçon sans le sou, vieux réflexe jamais disparu, mais certainement pas quelqu’un à qui la beauté ou la fortune sourit ! La question de la vocation consacrée se pose trop souvent par inoccupation du cœur. Dès que celui-ci est pris, voilà la vocation envolée ! »

    Merci pour tous ces articles et pour le temps que tu y consacres ! 🙂

  5. Aliette dit :

    bonsoir ,
    ce blog est génial et je le lis depuis quelque temps déjà ! Je te conseille de publier ce livre , il aura beaucoup de succès ! De nombreuses personnes se retrouvent à travers ces personnages et c’est vraiment génial ! Continue donc sur cette voie là , devenir écrivain te conviendra parfaitement alors  » bon vent  » et vive la Vie !

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