Le jour où il est devenu mon mari

Samedi 26 septembre

8h00

Mon réveil sonne. « Pour l’amour de mes frères et de mes amis, Jérusalem sors de la nuit ! ». Mmmmmh. Dodo. Malgré tout, j’entrouvre un oeil. Et puis soudain, je me souviens. Aaaaahhhh. Mais oui. C’est aujourd’hui. Nous sommes le jour de mon mariage. Et je suis bien fatiguée, d’ailleurs, car j’ai un peu mal dormi cette nuit. Une vague de stress me traverse de haut en bas. Je respire un grand coup. Calme-toi, Ali, cette journée va bien se passer, tu vas épouser Antoine Lebert, Dieu va venir habiter au cœur de votre amour, et vous allez faire la teuf avec tous vos amis et votre famille. Pas de quoi se mettre dans tous ses états, finalement. Ce n’est pas comme si tout le monde allait avoir ses yeux braqués sur moi. Mais si, en fait. Nouvelle vague d’angoisse. Je me lève et je contemple mon lit d’un œil déjà nostalgique. Dire que ce soir je dormirai dans les bras d’Antoine. Dire que je partagerai mon lit avec lui pour toute notre vie !

Je me tourne vers la croix accrochée au mur, au-dessus de mon lit, dans cette chambre qui m’a vue enfant, puis adolescente, et qui me voit aujourd’hui prête à me marier. Je confie ma journée au Christ. Seigneur, mon Amour, viens bénir cette journée, viens bénir Antoine, viens bénir le prêtre qui nous unira. Viens bénir chaque invité, et fais de nous durant cette journée des témoins de ton Amour. Fais que cette journée soit joyeuse et belle pour tous. Mon Dieu, je t’aime tant ! Sois avec moi, à chaque instant de ce jour qui commence, même dans les détails les plus matériels.  Et me tournant vers mon ange gardien, je lui demande d’aller voir celui d’Antoine pour l’aider à rassurer mon fiancé, qui doit être dans tous ses états. Je me confie enfin à Marie, et je descends dans la cuisine pour le petit-déjeuner.

Papa et Maman m’accueillent avec un large sourire. Papa me dit assieds-toi-ma-chérie-je-m’occupe-de-tout. Et je vois mon père, cet homme qui habituellement semble désactiver l’option « initiatives » de son cerveau dès lors qu’il franchit le pas de porte de la cuisine, je le vois se lever, me faire chauffer un bol de café au lait, et même me couper une tartine de pain et me la faire griller. Mon étonnement atteint son comble lorsque je m’aperçois qu’il sait où se range le sucre, puisqu’il m’en met un dans mon bol. Ma foi, tout cela est de bon augure pour le reste de la journée. Ils me regardent tous deux à présent boire mon café au lait, l’air attendri. C’est un peu oppressant.

– Euh, les autres ne sont pas levés ?

Maman semble sortir de sa rêverie. Je crois bien qu’elle se rappelait de moi bébé et qu’elle s’étonne tout à coup de me voir parler.

– Hein ? Non mon Ali, tu es la première. Tout va bien, pas trop stressée ?

– Oui, parce que tu sais, il ne faut pas, tout est prêt et tout va bien se passer.

Papa a prononcé ces mots d’un ton qui simulait un peu trop la conviction pour être sincère. Bon, ils sont aussi anxieux que moi, voire plus. Ce serait bien qu’un de mes frères et sœurs débarque, ça nous changerait les idées à tous les trois.

Justement, un braillement se fait entendre dans la pièce voisine. Ah, Henri et Hortense sont levés.Ils arrivent dans la cuisine avec Zélie. Hortense la colle dans les bras de Maman, qui s’en réjouit et qui se met à la bercer. La petite s’apaise, Hortense a l’air un peu vexé que Maman y arrive aussi facilement. Mais elle se tourne vers moi avec un grand sourire.

-Ça va Aliénor ? Tu verras, ça va être une très belle journée ! Ton frère est ravi d’être en jaquette, il aime beaucoup ça. N’est ce pas mon chéri ?

Le chéri en question acquiesce et m’embrasse sur le front, puis se met à s’empiffrer de tartines de miel. Sacré Riton !

Bientôt les autres nous rejoignent. Mayeul joint ses bruits de mastication effrénée à ceux d’Henri, Jean-Baptiste boit goulûment son chocolat chaud. Je le regarde tendrement. Mon petit frère de 10 ans et demi s’en met toujours plein la bouche quand il boit son chocolat, et il me parle très sérieusement de la liturgie de la messe de mariage, qu’il regrette de ne pouvoir servir, étant dans le cortège.

– Tant pis, je servirai à celui d’Isaure, si elle trouve un mari un jour, haha ! Mais c’est très beau en tout cas, ce qu’on dit à une messe de mariage, je me souviens de celui d’Henri, c’était émouvant. J’ai dit à Blanche que j’aurai un mouchoir dans ma poche au cas où elle pleure. Moi, je pense que je ne vais pas pleurer, mais si ça trouve si, parce que quand même, Ali, tu es ma soeur et je suis content pour toi !

Il me dit tout ça, avec un regard affectueux, sa moustache de chocolat au-dessus de la bouche. Encore enfant et déjà un petit peu homme. Mon Jibéchou !

Mais voilà Diane qui arrive, et qui me tend un papier. Il y est écrit « Keep calm and get married ». Je l’embrasse, tandis qu’Isaure débarque à son tour et prend Zélie dans ses bras. Son visage s’illumine tandis qu’elle regarde le bébé. Nous échangeons un regard attendri. Il est précieux, ce petit moment de complicité avec elle, ce matin.

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Nous petit-déjeunons tous ensemble, repassant ce que chacun a à faire. J’ai rendez-vous chez le coiffeur ce matin, mes sœurs vont fleurir l’église avec les Lebert, mes frères vont sur le lieu de la réception régler des détails matériels, Maman et Jean-Baptiste restent pour préparer à déjeuner à tout le monde.

Une fois que tout le monde vaque à ses occupations, je prends la voiture pour aller chez le coiffeur. Celui-ci m’accueille chaleureusement, et me demande ce que je veux. J’ai une idée bien précise de chignon en tête, je lui décris, il s’exclame que oui-oui-oui ça va être très beau, vous avez des cheveux longs et épais donc c’est parfait, vous avez de la chance d’avoir des beaux cheveux comme ça.

– Ah oui, et il faut pouvoir mettre le voile.

– Le voile ? Mais c’est vous la mariée ! Oulàlà, oulàlaaaa ! Oulalalaaaaaaaa !

Le coiffeur se ventile avec sa main. Eh bien, je ne pensais pas l’émouvoir à ce point. Il se reprend et s’exclame avec un large sourire :

– Félicitationnnns ! Au téléphone j’avais compris que c’était pour un mariage, mais pas que c’était le vôtre ! Ne vous inquiétez pas, je vais faire ça bien ! Vous avez de la chance avec le temps en plus !

Il se met au travail avec enthousiasme, ses mains virevoltant au-dessus de ma tête. Sa voix chantante me détend. Il me raconte les histoires de ses clients, des mariées qu’il a déjà coiffées, je lui parle d’Antoine, je lui explique qu’on se marie à l’église, que c’est important pour nous. Il acquiesce, et me demande pourquoi, et dans l’intimité de ce salon de coiffure, je témoigne de Jésus à celui qui est en train de me faire un magnifique chignon. Il a fini. Je souris à mon reflet dans le miroir.

– Merci Monsieur, c’est exactement ce que j’imaginais ! Vous êtes un artiste !

– Ooooh, merci mademoiselle ! Je peux vous embrasser ? Comme ça j’aurais embrassé la mariée du jour !

Je ris et je le laisse me faire la bise, il me souhaite une très belle journée, et c’est le cœur joyeux que je rentre à la maison.

Nous mangeons à nouveau tous ensemble, le lieu de réception est prêt, l’église est fleurie, et Jean-Baptiste est très fier des pâtes qu’il a réussi à préparer tandis que Maman réparait en catastrophe un accroc qu’elle n’avait pas vu sur sa tenue.

Après manger, je me rends chez la maquilleuse. C’est bien la première fois que je me fais maquiller par une professionnelle. Mais ma foi, le résultat est concluant. C’est joli tout en étant discret, mon teint est plus lumineux et je ne me suis jamais trouvée aussi belle. J’espère surtout que ça plaira à Antoine.

Je rentre dans une maison en pleine effervescence. Il est 14h, la messe est dans une heure et demie, et ma famille commence à se préparer. Maman me voit arriver et me tire par le bras.

– Ali, enfin, il est temps d’aller mettre ta robe ! Allez viens ! Isaure aussi ! Et Diane aussi !

– Et moi ? Je veux voir Ali en robe !

– Non Jean-Baptiste, toi tu restes là, tu t’habilles et tu ne fais pas de bêtises. C’est une affaire de filles, tu verras ta soeur tout à l’heure.

Jibé part en boudant, tandis que mes deux soeurs et ma moman me poussent sans ménagement dans la chambre de mes parents. Ma robe est là, accrochée à la poignée de la fenêtre. Maman me la tend.

– Bon, tu la mets, et tu nous appelle quand c’est bon, qu’on t’aide à mettre le voile.

– Ouais, et dépêche-toi, qu’on aie le temps de nous préparer, nous aussi, ajoute Isaure.

Et elles quittent la pièce. J’enfile la robe, un peu émue en me disant que ce soir, c’est Antoine qui m’aidera à l’enlever. Je suis presque intimidée par le reflet que me renvoie le miroir, par cette jeune femme brune qui me contemple avec étonnement. Je souris, une fossette creuse ma joue, mes yeux noisettes se plissent. Mais voilà qu’on tambourine à la porte, ce n’est pas le moment de faire des mines. J’ouvre la porte, et je vois sur le visage de Maman et de mes sœurs une certaine émotion.

– Comme tu es belle !

Diane a soufflé cette phrase d’un ton admiratif, et elle se blottit contre moi à présent. Merci, ma toute petite Diane ! Maman ne dit rien, mais me prend la main pour l’embrasser, et me caresse la joue, comme elle le faisait quand j’étais petite. Isaure se saisit du voile.

– Bon, on te le met ce voile ? L’heure tourne !

Je souris et la laisse ajuster le voile sur ma tête. Isaure a un goût très sûr. J’aime beaucoup ce voile, long et ajouré de très beaux motifs. Maman ferme le dos de ma robe, et Diane me tend mon bouquet et mes chaussures. Un dernier regard au miroir. Oui, me voilà prête. Je ressemble vraiment à une mariée, et mon cœur se met à battre plus vite. Diane s’est élancée au devant de moi pour dire que j’étais habillée, et lorsque je descends les escaliers, je m’aperçois qu’un comité d’accueil m’attend en bas. Il y a Papa, Papa qui me regarde descendre avec des yeux embués, pleins d’amour, d’émotion et d’admiration. Il y a Mayeul qui sourit autant qu’il peut, Henri qui hoche la tête avec affection, et Jean-Baptiste qui s’écrie :

– Ouaaaaaahhh mais t’es belle en fait !

Sale gosse. Je me blottis dans les bras de Papa, qui est déjà prêt, très classe en jaquette en en lavallière couleur framboise, assorti à Mayeul et Henri. Jean-Baptiste porte sa tenue de cortège, une chemise blanche, un blazer bleu marine, et un pantalon framboise, surmonté d’une ceinture de la même teinte. Il est le seul à avoir un pantalon et un blazer, les autres seront en bermuda avec une petite cape, mais Jean-Baptiste était un peu grand pour ce genre d’habit.

Hortense aussi est splendide, et Zélie a une barboteuse assortie au tissu de la robe des petites filles d’honneur, du liberty framboise.

Maman et mes sœurs vont se préparer, tandis que Papa et mes frères me prennent en photo sous toutes les coutures.

Bientôt, tout le monde est prêt. Diane est ravie, c’est la première fois qu’elle porte un chapeau, et Maman doit la pousser hors de la maison alors qu’elle est en train de regarder pour la septième fois consécutive s’il est bien mis dans le miroir.

– Ma chérie, tu as pris ta valise pour après ?

– Oui, il faudra penser à la mettre dans la voiture d’Antoine !

– Très bien, alors vas en voiture avec ton père, on vous suit !

J’obéis à moman et je monte avec Papa. Nous arrivons devant l’église, il y a déjà du monde. Je sors de la voiture. Mes grands-parents me sautent dessus pour me dire combien je suis belle, puis mes cousins. Ooooh comme Louis-Noé est mignon dans sa tenue de cortège ! Il est très fier d’être enfant d’honneur et me fait un énorme bisou. Mais je dois bientôt saluer mes belles-sœurs, Georges, mes beaux-parents, et mes amis. La plupart sont dans la chorale de la messe, je les remercie. C’est Anne-Emmanuelle qui anime les chants. Edouard fera l’organiste, Joséphine jouera du violon. Ils se sont bien trouvés, ces deux là. Ils m’embrassent avec effusion, Joséphine me dit encore combien elle est heureuse d’être mon témoin.

Mais voilà mon fiancé qui arrive ! J’aurais voulu l’embrasser, mais Papa refuse qu’il me voie en robe avant mon entrée dans l’église et il m’entraîne au loin tandis que je vois Antoine faire son entrée dans l’église de dos, au bras de sa Maman. Aaaah mais ça va être à moi ! Mes jambes commencent à flageoler tandis qu’Isaure et Diane placent les six enfants d’honneur devant moi. Les plus petits ouvrent la marche, mon filleul Gabriel et ma cousine Philippine, et juste devant moi Jean-Baptiste et Blanche se tiennent par la main. Ils sont beaux, tous les deux, et s’échangent un sourire plein d’affection. Puis mon petit frère se retourne vers moi et me dit d’un air protecteur :

– T’inquiète pas Ali, ça va aller. On y va ?

Oui, mon Jibé chéri, on y va. Je m’agrippe de toutes mes forces au bas de Papa, qui m’embrasse, la larme à l’œil, et nous entrons dans l’église, très émus tous les deux. Je ne sais pas lequel s’appuie le plus sur l’autre.

Tous les visages se retournent vers moi. Je vois des regards attendris, des sourires heureux, mais tandis que je marche lentement, entraînée par la musique, je n’ai d’yeux que pour Antoine, qui, au bout de l’allée, s’est retourné vers moi. Et dans ses yeux, il y a tant de choses ! De la joie, de la fierté, de l’émotion. De l’amour. Alors que j’avance un pied après l’autre, me demandant bien comment j’arrive à marcher en étant si bouleversée, alors que je m’approche de mon fiancé, j’ai l’impression d’être dans un rêve. Est-ce bien moi qui avance pour devenir la femme d’Antoine ? Est-ce bien moi qui ait cette chance ? Tant de bonheur, ça semble irréel. Mais non, c’est bien réel, puisque nous voici arrivés, que Papa me lâche le bras et m’embrasse, et que maintenant, il y a les yeux d’Antoine dans les miens. Mon pauvre Antoine qui semble aussi ému que moi, qui a l’air un peu guindé dans sa jaquette, mais qui a un regard si beau !

Mais le prêtre commence à parler, nous accueille, et la messe commence. Le Gloria et le Kyrie donnent le ton, les chants sont magnifiques. Nous avons bien de la chance ! Je m’assois sur le fauteuil en velours rouge pour écouter Mayeul lire la première lecture. Il est beau, mon frère, et on sent qu’il met tout son cœur à rendre la parole de Dieu vivante. Il s’agit de Romains 12, 9-19. Oui, Seigneur, aide-nous, Antoine et moi, à vivre comme tes serviteurs, aide-nous à faire le bien autour de nous, à laisser jaillir l’Esprit à travers nous. Puis, les voix de Georges et Elisabeth s’élèvent pour chanter le psaume 30, versets 15 à 18. La voix de Georges, grave et profonde, s’allie à la légèreté de celle d’Elisabeth. La beauté des paroles se reflète dans l’harmonie du chant. Oui, Seigneur, Tu es mon Dieu, et Tu me sauves par ton amour. Et ces deux fiancés qui chantent ensemble ta louange, viens les bénir, ils sont si rayonnants !

L’Alleluia résonne, remarquable, emporté par une Anne-Emmanuelle au sommet de sa forme vocale, et par un orchestre et une chorale bien entraînés. Le prêtre, celui qui nous a préparés au mariage, lit l’Évangile. Jean 15, 1-15. Nous avons choisi un passage d’évangile chacun de notre côté, Antoine et moi, et en mettant en commun nos choix nous nous sommes rendus compte que nous avions sélectionné le même. Oui, demeurer en Dieu, toujours, demeurer en son Amour, c’est là notre vœu le plus cher à tous les deux.

Le père nous fait ensuite cadeau d’une très belle homélie. Il nous connaît bien, et ses mots sonnent juste, nous bousculent parfois, mais sont pleins de sagesse. Je demanderai au prêtre de nous la renvoyer par mail. Car pour l’heure, ma main dans celle d’Antoine, je suis un peu trop émue en pensant à ce que nous allons faire juste après pour pouvoir tout retenir.

Justement, l’homélie est terminée, nous récitons le credo. Le chant à l’Esprit Saint est à l’image des autres : entraînant, profond, mélodieux, et il m’aide à prier. Le père appelle les témoins. Joséphine, Anne-Emmanuelle et Victoire s’avancent pour moi, ainsi que Georges, Henri et Elisabeth pour Antoine. Puis je vois mon cousin Stan, qui sert la messe, apporter un micro au père.

Celui-ci nous regarde avec bienveillance et nous fait signe de nous lever. Mes jambes flageolent à nouveau et je m’appuie sur le bras d’Antoine.

– Aliénor et Antoine, vous avez écouté la parole de Dieu qui a révélé aux hommes le sens de l’amour et du mariage. Vous allez vous engager l’un envers l’autre. Est-ce librement et sans contraintes ?

Le micro est à présent dirigé vers nous. Nous nous penchons et disons d’une même voix :

-Oui !

– En vous engageant dans la voie du mariage vous vous promettez amour mutuel et respect, est-ce pour toute votre vie ?

– Oui, pour toute notre vie !

Qu’elle est belle la voix d’Antoine lorsqu’il déclare ces quelques mots dans le micro !

– Etes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donne et à les éduquer selon l’Évangile du Christ et dans la foi de l’Eglise ?

– Oui.

– Etes-vous disposés à assumer ensemble votre mission de chrétien dans le monde et dans l’Eglise ?

-Oui.

Puis Stan dirige le micro vers Antoine. Il me prend la main, me contemple un instant. Son regard est ému, mais déterminé et sûr de lui. Il me sourit tendrement puis sa voix s’élève, un peu enrouée :

– Aliénor, veux-tu être ma femme ?

Oui, mon chéri, je veux être ta femme. Je veux être ton épouse pour t’aimer toute ma vie, et pour qu’à travers notre amour ce soit celui de Dieu qui se répande. Je veux être la mère de tes enfants. Je veux m’endormir et m’éveiller à tes cotés chaque jour pour que tu sois la première et la dernière personne que je vois dans la journée. Je veux prier avec toi chaque matin. Je veux me disputer et me réconcilier avec toi jusqu’à la fin de ma vie. Je veux vieillir avec toi, et regarder ton visage chéri se couvrir de rides, tes cheveux blanchir, ton dos se courber. Antoine, oui, je veux être ta femme. Tout ça, bien sûr, je lui ai dit avec les yeux, et je lui ai répondu d’une voix qui avait peine à sortir de ma gorge serrée d’émotion :

– Oui, je le veux. Et toi Antoine, veux-tu être mon mari ?

Il a souri, un sourire d’enfant émerveillé, un sourire plein d’amour qui fit rouler une larme sur ma joue.

– Oui ! Je le veux. Moi, Antoine, je te reçois Aliénor comme épouse et je serai ton époux. Je te promets de t’aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie.

Aïe, mais pourquoi avons-nous choisi une formule aussi longue pour les consentements ? Elle est belle, et oh, comme Antoine est beau à ce moment, mais j’ai bien peur de ne pas arriver au bout. Mais je me plonge dans les yeux d’Antoine, et le courage me revient pour lui dire :

– Moi, Aliénor, je te reçois Antoine comme époux et je serai ton épouse. Je te promets de t’aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie.

Alors, le prêtre confirme que nous sommes « unis par le sacrement du mariage ».  Doucement, mon mari soulève mon voile, et il dépose un baiser à la commissure de mes lèvres. Nous sommes mariés. Et ce premier regard d’époux que nous échangeons, je ne l’oublierai jamais. Je crois que ce regard amoureux d’Antoine, apaisé, joyeux et rempli de Dieu s’est gravé éternellement sur mon âme, si bouleversant et si familier que j’ai l’impression qu’il a toujours été quelque part dans mon cœur.

Mais déjà il est temps de nous remettre nos alliances. Une petite cousine d’Antoine apporte le coussin avec un air intimidé.

Antoine prend une alliance, vérifie qu’il s’agit bien de la mienne, me sourit et me la glisse au doigt, en signe de « son amour et de sa fidélité ». Je fais de même.

– Antoine, reçois cette alliance, signe de mon amour et de ma fidélité.

J’aurais envie, à cet instant, de me blottir contre sa poitrine pour écouter les battements de son cœur. Mais non, Ali, tu es dans une église, à ton mariage, et tout le monde vous regarde. Alors je serre sa main, très fort, pour lui faire comprendre à quel point je l’aime. Et il comprend, puisque je vois ses yeux s’embuer. Mais mon mari est fier, et il ne veut pas laisser transparaître ses émotions. Il se tourne avec intérêt vers Anne-Emm qui lance le chant d’action de grâce.

« Alléluia, magnificat, mon âme loue le Seigneur… » Oui, merci, amen, alléluia Seigneur de m’avoir donné Antoine pour époux ! C’est si grand !

Voici l’heure de notre prière des époux, que nous avons écrite à Boulaur. Nous la lisons ensemble, ma voix mal assurée s’unissant à celle d’Antoine, que l’émoi rend un peu plus grave qu’à l’accoutumée.

 » O Dieu, notre Père bien-aimé, nous nous confions à toi en ce jour où tu es venu habiter au cœur de notre amour. Nous te rendons grâce de nous avoir mis sur la route l’un de l’autre, nous te rendons grâce pour le chemin parcouru ensemble, pour nos amis, nos familles, et surtout nous te rendons grâce de nous avoir donné de t’aimer. Oui, merci Seigneur pour cet amour plus grand que nous qui transcende nos vies, qui les a toujours rendues plus belles et plus joyeuses.

Seigneur Jésus Christ, nous t’aimons, et nous voulons t’aimer ensemble toute notre vie. Viens mettre ton Esprit au cœur de notre vie de couple et de notre vie de famille. Donne nous de nous rappeler à chaque instant que tu as donné notre vie pour nous, et aide nous à faire de même l’un envers l’autre, chaque jour que tu nous offriras de vivre.

Nous t’offrons, Seigneur, tout ce que tu nous a donné, et que tu nous donneras : nos vies, nos familles, les enfants que nous espérons. Que notre foyer soit un lieu d’accueil pour tous ceux que nous rencontrons, et que par-dessus tout, ce soit la charité qui guide notre vie.

Dieu notre Père, tu nous aimes, et nous te le rendons bien faiblement, rends nous plus forts dans la foi ensemble, pour qu’ensemble nous devenions saints. Seigneur Jésus-Christ, tu es notre frère, notre ami, tu es notre vie, façonne nos âmes à ton image. Esprit Saint, viens faire de nous des instruments de la gloire de Dieu. Oui, Trinité Sainte, viens nous sanctifier !

Nous nous confions enfin à nos anges gardiens, pour qu’ils soient notre soutien dans la charité entre nous, et à l’intercession de notre maman du Ciel, la Vierge Marie, pour que sa tendresse maternelle nous soutienne et nous guide vers toi, notre Seigneur tant aimé.

Nous t’aimons, et nous avons confiance en toi.

Amen. »

Nous nous regardons, très touchés. Elle est peut-être un peu longue, cette prière, mais nous l’avons écrite avec nos coeurs, et avec l’aide de l’Esprit Saint.

La messe se poursuit, toujours portée par la voix cristalline d’Anne-Emmanuelle. Au moment de la consécration, je prends la main d’Antoine, et je confie nos deux cœurs désormais liés à Celui qui s’abaisse jusqu’à nous, sur cet autel, par amour.

Après la communion, je ressens la présence du Christ comme rarement dans ma vie, et je crois qu’Antoine aussi. Il est là, entre nous deux, et je sens presque sa main sur mon épaule. Merci, merci Seigneur de te faire si proche de nous !

Puis, nous nous dirigeons tous les deux vers une magnifique statue de Marie, et nous nous consacrons à elle. Elle qui sera notre soutien, notre espérance, notre réconfort dans notre marche vers Dieu. Elle que nous aimons tant, et qui nous le rend bien.

C’est le cœur transformé que je me rends vers les registres pour les signer avec nos témoins. Dieu y est présent comme Il ne l’a jamais été, et je ressens à la fois de la joie, de la paix, de la reconnaissance, tout cela se confondant en un immense sentiment d’amour pour Antoine et pour Dieu. Et, le registre signé, c’est de toute la force de ma joie que je chante avec Anne-Emmanuelle : « Pour tes merveilles, je veux chanter ton nom, proclamer combien tu es bon ! ».

Nous voilà sur le parvis de l’église. Antoine lève nos deux mains jointes en signe de victoire. Les flashs crépitent, les acclamations fusent, et je regarde nos invités qui sourient devant nous. Ils ont l’air heureux, et mon sourire s’élargit encore, tandis que je pose ma tête sur l’épaule d’Antoine. Je vois ma cousine Maylis immortaliser le moment avec son nouvel appareil photo. Je prends son fils, mon filleul Gabriel dans mes bras, il est tout content et tire sur mon voile en riant. Je le repose, d’autant plus qu’on nous demande de faire une photo avec tout le cortège. Chose assez malaisée puisque les petits ne tiennent pas en place. Mais Jean-Baptiste et Blanche se prennent au jeu très sérieusement. Puis viennent les photos avec les parents, puis les frères et sœurs, et je commence un peu à saturer, et je glisse à l’oreille d ‘Antoine que nous ferons les autres photos au cocktail. Il acquiesce et m’entraîne vers la voiture. C’est Hermine notre chauffeur, elle klaxonne, les gens rient, il fait beau, et j’ai un peu faim. On y va !

Nous arrivons sur le lieu de réception. C’est tellement beau ! Devant le château se dressent quelques tentes blanches, des tables aux nappes immaculées, des bouquets sur chacune d’entre elles. Nous allons poser pour quelques photos en attendant les invités. Ça ne me demande pas tellement d’efforts, d’ailleurs. Le photographe nous demande de nous prendre dans les bras l’un de l’autre, de nous sourire, de nous échanger des regards amoureux. Nous obéissons avec joie. Antoine est très beau, dans cette lumière de fin d’après-midi. Il est plus détendu, et fait moins guindé dans sa jaquette. Son haut de forme lui donne un air comique, mais c’est un style. D’ailleurs il l’enlève bien vite pour le porter sous le bras. C’est lui qui a tenu à en avoir un, personnellement je trouve ça un peu dépassé. Mais mon cher fiancé s’était exclamé que c’est bien la seule fois qu’il pourrait en arborer un, et qu’il n’allait pas s’en priver ! Et que moi j’avais un voile, et qu’il ne voyait pas pourquoi il n’aurait rien sur la tête. Je lui avais répondu que ça cacherait son début de calvitie (il commence à avoir des légers golfes sur le front), mais il s’était vexé, bizarrement. Bref, toujours est-il que ce fut amusant de prendre ces photos. Mais bientôt il a fallu que nous revenions vers les tables du cocktail, car les invités commençaient à arriver.

Que ça semble bon ! Absorbée par la contemplation des petits fours qui s’accumulent sur la table et la salive me montant à la bouche, j’en oublie presque que c’est à mon mariage que je suis. Mais on me le rappelle bien vite. Je n’ai pas le temps de saisir le canapé au foie gras qui me fait de l’œil, car déjà une file d’attente se forme devant Antoine et moi. Joséphine nous apporte deux coupes de champagne, tandis que les gens défilent pour nous embrasser. Des vieilles tantes d’Antoine, des amis de nos parents qui nous martèlent qu’ils nous ont connus tout petits, mais aussi des visages familiers et aimés. Je commence à avoir mal aux zygomatiques à force de sourire. Mais quel bonheur d’entendre ceux que nous aimons nous témoigner leur attachement, nous remercier pour la messe. Les Porfeuille nous embrassent avec affection, Madame de Porfeuille nous embrasse même deux fois, « une fois de sa part et une fois de la part de Marie-Cécile ». Mes oncles, tantes, cousins, cousines, nos amis, tant de témoignages de bienveillance qui nous touchent vraiment. Les gens ont l’air tellement heureux pour nous, même ceux que nous ne connaissons pas ! Anne-Emmanuelle nous apporte quelques petits fours, je lui lance un regard éperdument reconnaissant. J’avais faim, fichtre. Et boire du champagne à jeun, en restant debout, ce n’est pas forcément une bonne idée. Mais voilà la sœur de mon grand-père, ma grand-tante donc, et je crois qu’elle vient de me voir enfourner trois petits fours à la fois dans ma bouche.

– Oh félicitations les enfants ! Aliénor tu es très belle, mon enfant, mais ne mange pas si vite, tu vas t’étouffer ! Je me souviens de toi quand tu avais trois ans tu sais ! Antoine, mon garçon, prenez-en soin, et soyez vigilant, elle m’avait cassé mon plus beau vase quand elle était venue chez moi il y a vingt ans.

Antoine réprime un rire et la remercie, tandis que je déglutis difficilement mes petits fours pour lui sourire et m’excuser pour cette histoire. Je m’abstiens de lui préciser que ce n’était pas moi, mais Isaure qui avait cassé ce vase, à la fois par politesse et par flemme. Je suis en effet sur pilotage automatique depuis environ une demi-heure, répondant merci à la chaîne à tous ceux qui m’embrassent avec effusion.

Enfin, la file d’attente arrive à son terme. Je vais pouvoir aller goûter ces grillades dont le fumet m’aguiche depuis tout à l’heure. Mais non, en fait, car il faut que je fasse une photo avec mes témoins, puis avec mes frères et sœurs et parents, puis avec ceux d’Antoine.

Mais finalement c’est un moment sympathique, et chacun de mes frère et sœurs en profite pour me féliciter. Isaure me fait même un câlin, pour la première fois depuis dix ans, je pense. J’en suis toute émue, et je cache une larme dans l’épaule de mon frère Henri. Puis Mayeul me fait tournoyer, Hortense m’embrasse, Diane se jette à mon cou, et Jibé, mon tout petit Jibé se penche et me fait un baisemain, avant de me demander de le prendre dans mes bras. Je le fais avec plaisir, puis je prends Blanche, puis Elisabeth m’enlace longuement, Georges m’embrasse avec affection, et Hermine me dépose un baiser sur la joue. Quant à mes parents puis mes beaux-parents, ils me serrent contre leur cœur avec tant d’ardeur que j’ai l’impression d’étouffer, mais j’en suis toute bouleversée, de tant de démonstrations d’amour. Et ce n’est pas fini !

En effet vient l’heure du discours des pères. Bon, là je crois que je vais pleurer pour de bon, je n’en suis déjà pas loin en voyant Papa prendre le micro et fixer sur moi un regard débordant de tendresse et de fierté. Et il se lance. Il parle de mon enfance, de la joyeuse petite fille que j’étais, un peu capricieuse et râleuse mais généreuse, il parle de l’amour qu’il a pour moi, de sa fierté de me voir devenir femme, de son bonheur d’accueillir Antoine dans la famille, ce garçon qu’il a vu grandir, et dont il connait la droiture, de son bonheur de lier sa famille à celle des Lebert, ses amis depuis trente ans. Il parle de son amour pour Maman. Il a des mots touchants, qui font couler quelques larmes sur mes joues, il a un regard tout ému, et une voix un peu mouillée. Mais voilà qu’il a fini. Mon Papa ! Je vais l’embrasser, ce cher Papa, tandis qu’il tend le micro à mon beau-père. Mon beau-père qui fait un discours tout aussi touchant qui achève de me bouleverser quand il dit qu’ « avoir une femme comme Aliénor est le plus grand bonheur que je pouvais souhaiter à mon fils, cette jeune femme resplendissante que j’aime déjà comme ma fille, et ce depuis un bout de temps ».

Et nos pères sont à présent en train de se donner une virile accolade, nos mères s’embrassent avec empressement, et nous les rejoignons. Summum de l’émotion. Tout le monde s’aime, tout le monde s’embrasse. C’est beau. Mais ça donne faim. A table !

Mais avant je fais un signe discret à Victoire. Il faut que j’aille aux toilettes, et avec cette robe, j’aurai besoin d’aide. Elle se débat avec Cyriac qui n’a pas du tout envie de rester avec la baby-sitter. Son fils rouge et gesticulant sous le bras, elle s’approche de moi :

– Oui, t’as besoin d’aide ? C’est tendu là je t’avoue, mais c’est pour quoi ? Demande à François il sera ravi de t’aider je pense.

– Euh, non, Vic, je préfère que ton mari reste en dehors de ça, c’est pour aller tu-sais-où.

– Ah, oui. Bon attends je lui refile le bébé et je viens m’occuper de toi.

Et elle dépose son fils dans les bras de son père, leur colle un bisou à tous les deux et m’entraîne vers les toilettes. Elle est très belle ma Vic. Je lui dis, elle me répond en riant que c’est bien moi la plus belle aujourd’hui. Une fois notre petit tour terminé, nous revenons vers la salle. Je tombe sur Antoine à l’embrasure de la porte. Le pauvre garçon a l’air paniqué.

– Ali ! Mais tu étais où ? Ça va être l’heure d’entrer dans la salle là, je te cherchais partout, le DJ est prêt à lancer la musique, on n’attendait que toi !

– Pardon mon chéri, j’étais aux toilettes.

– Ouais, bah tu préviens ! J’avais l’air de quoi, moi, tout seul et ne sachant pas où tu étais…

Je l’embrasse pour le faire taire. C’est mignon, notre première dispute de jeunes mariés. Je m’excuse, je lui prends la main, et nous attendons ensemble le début de la musique. C’est Happy, de Pharell Williams. C’est un peu vieux déjà mais nous l’aimons tous les deux beaucoup, et on trouvait que ça allait bien dans le thème. Voilà les première notes qui s’élèvent, nous entrons, main dans la main, marchant au rythme de la musique. Nos invités font tourner leurs serviettes au-dessus de leurs têtes. Je pars en fou rire en voyant Bon-Papa et Bonne-Maman le faire aussi, je les montre à Antoine qui rit aussi. Après nous être déhanchés entre toutes les tables, nous atteignons notre place et nous nous asseyons. Antoine est soulagé que ce soit fini, je crois. Je sais combien d’efforts ça lui demande de se « dandiner », comme il dit, sur une musique sans danser le rock.

Bon, peut-être allons nous enfin pouvoir manger. L’entrée est délicieuse. J’ai à côté de moi Georges, et il est en pleine forme, notre Libanais. Il exagère volontairement son accent pour nous faire une caricature du Libanais.

– Ee, je m’appelle Georges, je viens de Beyrouth, et tu sais, j’ai beaucoup voyagé, enno, mon père est homme d’affaires, je suis allé à Dubaï, à Jakarta, en Europe, aux States… C’est beau yahné, mais pas autant que le Liban ! Et tu sais j’ai deux voitures, et je parle trois langues…

Il nous fait bien rire, et Elisabeth ne se lasse pas de l’admirer. Mais voilà Blanche qui s’approche, Jean-Baptiste sur ses talons, et ils glissent quelque chose à l’oreille d’Elisabeth et Henri. Ils se lèvent, ainsi que Georges et Hortense. Ah, je crois que c’est l’heure de l’animation spéciale frères et sœurs des mariés.

En effet, les filles Lebert et Georges se mettent en ligne d’un côté, mes frère et sœurs de l’autre, et un diaporama est lancé. On voit des photos d’Antoine et moi petits, d’abord seuls, puis au fur et à mesure que nous grandissons des photos où nous sommes ensemble, avec nos frères et sœurs, avec Henri, Macess, Elisabeth et Claire. Elle est omniprésente sur les photos de notre adolescence, et la main d’Antoine a trouvé la mienne sous la table. Elles se serrent, nos mains, en contemplant les sourires que nous envoient les photos de Claire. Une fois le diaporama terminé, nos frères et sœurs se mettent à chanter une chanson de leur composition, sur l’air de Jour 1 de Louane. Je suis amusée de voir Henri et Mayeul fredonner cet air de midinette, mais les paroles des couplets sont touchantes. Antoine est décrit comme un grand frère attentif, un ami fidèle, un garçon volontaire. Quant à moi, je suis décrite comme une petite fille capricieuse, énervante, mais attentionnée et généreuse, drôle et joyeuse. La chanson terminée, chacun de nos frères et sœurs prend le micro pour nous adresser ses félicitations. Chacun y met sa touche personnelle, et je verse une nouvelle larme à chaque fois que le micro change de main. Que c’est beau de voir mon petit Jean-Baptiste nous regarder, prendre un air grave qu’il n’a pas souvent, et dire :

– Vous savez, je vous aime tous les deux, et je suis content qu’Antoine devienne un peu mon grand frère. J’espère que vous serez heureux, en tout cas moi je suis heureux pour vous !

Et il tend le micro à Blanche avant de se précipiter dans nos bras, et sur les genoux d’Antoine. Blanche nous dit combien elle nous trouve beaux, et qu’elle nous aime aussi, et vient sur mes genoux. Le tour continue, chacun a sa parole affectueuse pour nous deux, un souvenir à partager. Elisabeth termine.

– Ali, avant d’être ma belle-sœur, tu étais avant tout mon amie, et j’ai eu un peu de mal à accepter ta relation avec Antoine, au début, pour des raisons que vous connaissez. Mais je vois aujourd’hui combien tu rends mon frère heureux, et combien vous vous aimez. Je suis fière d’être votre sœur, vous savez. Je vous aime tant tous les deux ! Et je vais parler au nom de ma sœur jumelle, pour vous dire…

Elle essuie rageusement une larme qui coule sur sa joue.

– Pour vous dire qu’elle aurait été tellement, tellement fière de vous aussi ! Claire avait pour chacun de vous deux une affection sans limites, et je suis sûre que d’en haut, elle vous bénit mille fois !

Sa voix s’est brisée à la fin de sa phrase. Et lâchant un peu brusquement le micro sur la table la plus proche, elle se blottit dans les bras de son fiancé. Georges l’entraîne dehors, les autres viennent nous embrasser. Sur mes genoux, je sens Blanche se crisper un peu, je l’embrasse pour la rassurer. Hermine essuie une larme qui coule sur la joue d’Antoine. Elle lui murmure à l’oreille :

– T’inquiète, grand frère, c’est douloureux, mais c’est beau qu’elle soit avec vous aujourd’hui, même comme ça. Elisabeth aurait encore moins supporté si on n’avait pas du tout parlé de Claire, et les parents non plus.

Je me tourne vers la table de mes beaux-parents. En effet, ils sourient. Un sourire un peu de travers, mais un sourire sincère. Oui, peu importent les larmes devant les invités. Claire fait partie de notre vie, et il est normal de l’associer à notre bonheur. D’ailleurs Elisabeth revient dans la salle au bras de Georges, tout sourire. La fête peut continuer. Le plat arrive, Antoine et moi le mangeons assez vite pour pouvoir faire le tour des tables. Les invités sont ravis de nous voir passer. Ils nous remercient pour la journée, ils sont tous l’air heureux d’être là, et c’est bien le principal. Mes parents sont rayonnants de fierté, et Papa me glisse à l’oreille qu’il était content qu’on parle de sa filleule. Sacré Papa.Il avait une profonde affection pour Claire. Il était très touché d’être son parrain, et elle lui manque beaucoup, même s’il ne le montre pas.

Le tour des tables terminé, après avoir dû décoincer ma robe de moult pieds de chaises et autres obstacles, nous pouvons nous rasseoir pour le fromage. Nouvelle animation. Ce sont mes témoins qui me font un petit discours, pas très long mais très drôle, qui mélange souvenirs et paroles affectueuses. Puis vient l’heure du dessert, que nous pouvons déguster tranquillement.

A 23h, les assiettes sont débarrassées, les verres vides, et je commence à stresser pour l’ouverture du bal. Antoine me caresse la joue.

– Détends-toi ma chérie, on a répété la valse pendant un mois, ça va aller.

– Oui mais pas avec ma robe ! Tu fais attention à ne pas te prendre les pieds dedans hein?

Mon charmant mari lève les yeux au ciel.

– Ça va, je ne suis pas un pingouin !

– Ben, avec ta jaquette, si, un peu.

Désarçonné, il éclate de rire. Mais zut, c’est vraiment à nous je crois. Nous nous dirigeons vers la piste de danse. Les premières notes de la valse s’élèvent. Antoine m’offre un sourire rassurant, me saisit par la taille, prend ma main, et commence à tourner. Je me laisse entraîner. Un-deux-trois, un-deux-trois, un-deux-trois. Mais bientôt je ne compte plus, Antoine fait ça très bien, je n’ai plus qu’à me laisser guider. Et qu’il est bon de se laisser guider par l’homme qu’on aime ! Ses yeux dans mes yeux, son sourire qui est un reflet du mien. Sa grande main sur ma taille, la musique qui nous fait tourner, tourner. Instant de joie paisible, de tendresse toute retenue, que je voudrais prolonger longtemps. Mais il est temps de changer de partenaire, et me voilà désormais guidée par mon Papa, tandis qu’Antoine va vers sa Maman avec un grand sourire. Papa me fait tournoyer, il me sourit, et me glisse à l’oreille :

– Merci, mon Ali. Tu es une très belle mariée. Je t’aime, tu sais, ma chérie.

– Merci vous, Papa ! C’est bien grâce à Maman, les Lebert et vous que cette journée est si belle ! Et je vous aime aussi, mon papounet !

Mais la valse s’arrête, et avec elle la séquence émotions. Place au rock ! Antoine récupère ma main, et il me fait tourner, retourner, valser, sur le rythme endiablé d’Indochine. Puis je danse avec chacun de mes frères, y compris avec Jibé qui en est très fier, avec Papa à nouveau, avec mon grand-père (qui connait des passes d’un autre temps, c’est assez drôle), avec mes oncles, avec Georges, avec mes cousins, avec mes amis. Xavier, Baudouin et Paul avaient fait un pari pour savoir avec lequel d’entre eux je danserai en premier, c’est Paul qui a gagné, car j’ai profité du fait que sa fiancée était partie boire un verre pour me faire inviter par lui. Je connais Marie-Laure, et je sais que le reste du temps elle va le monopoliser ! Elle aime tant danser avec lui !

En tout cas c’est une très belle soirée. Je profite des instants où je ne danse pas pour parler à chacun de mes oncles et tantes, et leur dire combien ils sont importants pour moi. On les oublie bien souvent, les oncles et tantes, mais j’ai tant d’affection pour eux !

Puis les plus âgés commencent à partir, il n’y a bientôt que des jeunes sur la piste. Nos amis et cousins font un cercle autour d’Antoine et moi alors que nous dansons un rock effréné. La musique résonne en nous, et crée des souvenirs que nous garderons toute notre vie. Les rires de nos amis et de nos frères et sœurs, leurs sourires, leurs blagues et leurs cris de joie lors de cette soirée, ils sont précieux.

Mais il est déjà quatre heures du matin. Que le temps a passé vite ! Le DJ met Les grands lac du Connemara, musique qui sonne la fin de la soirée. Antoine m’offre une dernière danse, puis nous allons dire à nos parents que nous partons. Nous disons au revoir à tous ceux qui sont encore là, et Antoine m’entraîne presque en courant vers la voiture. Je me prends les pieds dans ma robe, je tombe, il me rattrape, nous éclatons de rire. Il m’ouvre la portière, s’incline et me tend la main pour m’aider à monter.

– Madaaame ! Ouf, enfin seuls ! Bon c’est parti, t’inquiète on ne va pas loin !

En effet, nous nous garons un quart d’heure plus tard devant une belle demeure, sur laquelle je vois l’enseigne « chambres d’hôtes ». Il m’entraîne dans l’escalier, s’arrête devant une porte, sort une clef de sa poche et l’ouvre.

– Bon attends, je vais faire ça bien !

Et sans que j’aie le temps de comprendre ce qui se passe, il me prend dans ses bras. Nous rigolons tous les deux comme des gamins alors qu’il me jette sur le lit, et s’affale à côté de moi. Nous nous calmons, et nos deux visages se font face sur l’oreiller. Il y a tant d’amour, dans ses yeux ! Je n’en reviens pas qu’il m’aime à ce point. Il m’embrasse. Je me blottis contre lui, et il me dit à l’oreille :

– Et maintenant on fait quoi ? On n’est pas obligés de le faire maintenant tu sais. D’ailleurs je préférerais qu’on attende, je suis fatigué et un peu saoul.

– Je sais. J’aurais mieux fait de conduire, au fait. Ça te dit on dort juste dans les bras l’un de l’autre ? On verra le reste cette semaine, tu ne crois pas ?

– Si, tu as raison.

Et cette nuit là, j’ai dormi blottie contre la poitrine de mon mari. Ce fut une très longue, très belle et bouleversante journée et nous avions tous deux besoin de repos. Le lendemain, en me réveillant, je n’ai pu m’empêcher de m’émerveiller devant ce bel endormi à mes côtés. Nous nous sommes levés, encore tout émus de nous savoir désormais mariés, émus de cet amour qu’il y avait entre nous. Nous avons prié ensemble, pris notre petit-déjeuner ensemble, puis nous sommes allés à la messe ensemble. Et c’est ensemble que nous allons vivre désormais.

Il m’a emmenée au Portugal pour notre voyage de noces. Ce fut assez court, car j’avais mes oraux de concours à préparer. Mais nous avons passé quatre jours pleins d’amour et de tendresse, apprenant à vivre ensemble, à dormir dans le même lit, apprenant doucement à découvrir le corps de l’autre. Quatre jours à nous baigner en riant, à visiter la ville main dans la main. Quatre jours où nous avions l’impression d’être seuls au monde, et de n’avoir pour univers que les yeux de l’autre et le Seigneur comme guide.

Puis nous sommes rentrés. Et désormais c’est une vie nouvelle qui s’offre à nous. Une vie à deux, faite de prières et de plats partagés, de disputes et de réconciliations, de demandes de pardon et d’actes d’amour, une vie, où, je l’espère Dieu sera de plus en plus présent, et les rires d’enfant nombreux.

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16 réflexions sur “Le jour où il est devenu mon mari

    • Sixtine dit :

      Ce n’est pas la fin, enfin ! C’est le début ! ^^

      Très bel article en effet… Qu’est-ce que je l’ai attendu avec impatience !

  1. Marie dit :

    J’espère que ce n’est pas la fin de l’histoire… je trouverais dommage, et je dois l’avouer, un peu facile, l’idée que le mariage soit l’achèvement de la vie de l’héroine. Après tout Aliénor est toujours une étudiante catho, non ?
    Bravo pour cet épisode très agréable à lire 🙂

    • Eh bien si, c’est quasiment la fin de l’histoire ! Il y aura un épilogue mais il est temps pour moi de clôturer l’histoire. D’une part, Alienor n’est plus une étudiante catho que pour quelques mois, et ensuite, je suis d’accord pour dire que le mariage n’est jamais l’achevement d’une vie. Mais en l’occurence, c’est un tout nouveau chapitre de la vie d’Aliénor qui s’ouvre, et je ne suis pas prête à l’écrire ! Mais merci pour les compliments 🙂 bonne journée !

  2. Clotilde dit :

    On attendra avec impatience les chroniques d’une maman catho alors, le temps qu’il faudra…!
    En tout cas MERCI pour ce blog et pour ce très bel article…et tiens nous au courant de tes prochains écrits, s’il te plaîîîîît😉

  3. BLandine dit :

    Tu décris tellement bien les émotions du jour J ! Ça m’a rappelé des souvenirs tout ça… Merci pour cet article si beau, rigolo, et profond !

  4. Pierre dit :

    C’est trop dommage, on dirait que la fin a été bouclée rapidement pour se débarasser du sujet une fois pour toutes…….. il y aurait tant de choses à raconter, l’arrivée dans le nouvel appart, le début de la vie à 2, la séparation avec la famille et les amis….

  5. Anonyme dit :

    Je découvre votre blog,j’ai bien aimé lire les différentes chroniques mais permettez moi une critique qui rejoint peut être le commentaire que vous ne comprenez pas. Vous avez une façon de raconter un peu sucrée disons « cul-cul » (pardon pour l’expression). Peut-être aussi pourriez vous travailler votre texte qui est écrit en langage parlé et manque un peu de profondeur. Si je peux me permettre vous mettez beaucoup d’émotion dans vos écrits et c’est beau mais vous semblez pleine de rêves et d’utopies…….En tous cas persévérez dans l’écriture et votre plume s’affinera!

  6. Anne Onyme dit :

    aaaaaaaaaaaaaah !! moi, je voulais la description de la robe après celle de la bague !!!!!
    super article, tu écrit vraiment super bien ! 🙂

  7. P et G dit :

    Beau roman par beaucoup de côtés. Après tant de passages sur l’Amour, quelle deception de trouver dans celui sur la première nuit « et maintenant, on fait quoi…. Je suis fatigué et un peu saoul » !!! Et si on avait pu lire dans ces pages « que penses-tu d’offrir notre 1ere nuit en sacrifice pour accueillir les vocations religieuses et sacerdotales avec générosité ». Sursum Corda…

    • Amax dit :

      Genre mais cest tant un sacrifice que ça pour vous de ne rien faire la nuit de noces .. mais sérieux 😂 À croire que certains parfois se marient vite ou très jeunes pour passer à la casserole au plus vite 😀

  8. Amax dit :

    Bon cest bien écrit sérieux .. après c’est tout de même un peu bcp CCC ( catho-cucul-coincé) très utopique, idéaliste c’est mignon mais c’ est pas la réalité .. la nuit de noces gros lol ! 😂 Et puis ce genre de couple qui n à absolument vécu aucune intimité ( je ne parle pas forcément de coucher ..) forcément ca se saute dessus après le mec il doit plus en pouvoir ….

    • Cher Amax, croyez moi, ce que vous trouvez cucul et coincé (bon pour le catho ça je suis d’accord 🙂 ) et éloigné de la réalité est pourtant une réalité pour beaucoup de couples, qui choisissent, non pas de ne « vivre aucune intimité » (l’intimité d’abord n’est pas que corporelle, et ensuite on peut manifester sa tendresse sans aller en dessous de la ceinture), mais de se préserver jusqu’au mariage.
      Ce n’est effectivement pas facile, souvent plus pour le garçon mais aussi pour la fille, qui est un être de chair, rassurez-vous, avec ses désirs, même lorsqu’elle est catho, et même lorsqu’elle est cucul et coincée, oui oui.
      Cependant l’amour est plus grand que l’envie de se « sauter dessus », et si l’attente creuse le désir, elle le purifie aussi. Et quand on a attendu plusieurs mois, un jour de plus ou de moins, ce n’est pas grand chose, et la nuit après le mariage il est fréquent que la fatigue prenne le dessus, mais après, ça regarde chaque couple, ce n’est pas le sujet.
      Je vous invite à lire un article sur l’abstinence avant le mariage que j’ai écrit sur ce même blog :

      https://chroniquesduneetudiantecatho.wordpress.com/2013/11/04/hommeetfemmeillescrea/

      Belle journée !

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